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 Abbé Masson: Quand le séminaire FSSPX était légal (70-74)

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ChristianK



Nombre de messages : 419
Religion : catholique
Date d'inscription : 16/07/2007

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MessageSujet: Abbé Masson: Quand le séminaire FSSPX était légal (70-74)   Abbé Masson: Quand le séminaire FSSPX était légal (70-74) EmptyMer 12 Juin - 22:13


Origine: http://hermas.over-blog.org/

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Lettre de protestation de Monseigneur Marcel Lefebvre au Cardinal Marty



Fraternité Sacerdotale Saint Pie X                                                       + Ecône le 17 octobre 1972

50 Route de la Vignettaz

1700 FRIBOURG

Tél. 037 / 24 51 91



             Eminence,



             Par les voies du Secrétariat de l’Episcopat j’ai reçu une photocopie de la lettre que vous m’adressez concernant ma présence à Lourdes. J’avoue ma surprise, car je croyais jusqu’alors que les règlements de la Conférence prévoyaient la présence des Archevêques et Evêques autrefois résidentiels en France, à l’occasion de la Session Annuelle, et ce avec voix consultative et non délibérative.




             Il est possible que je fasse erreur ou que les règlements aient été modifiés. Sinon, il s’agirait d’une grave injustice.




             Mon intention était, je crois, légitime et très claire : sachant qu’une attitude de l’Episcopat devait être prise vis-à-vis de mon Œuvre qui, d’ailleurs n’en dépend aucunement, persuadé que beaucoup d’Evêques de France ont été mal informés par un rapport calomnieux et mensonger de Monsieur l’Abbé Clerc, mon premier collaborateur, il me semblait souhaitable qu’avant de porter un jugement, ils soient dûment informés. Je me présentais donc fraternellement à eux. Rien n’est odieux comme de juger d’une cause dont on n’est  pas chargé et dont on est mal informé.




             Je m’abstiens donc de venir à Lourdes si ma présence est « inopportune » et « impossible ». Mais si une injustice est commise à l’égard de mon Œuvre, qui est aussi, je l’espère, celle de Dieu et de l’Eglise, je n’hésiterai pas à répondre sur le terrain sur lequel elle serait attaquée, refusant de laisser attaquer impunément et injustement d’une manière publique les jeunes aspirants au sacerdoce qui me font confiance, français et non-français.




             Pour votre information, je vous remets ci-joint une copie de la Lettre d’approbation du Cardinal Wright pour ma Fraternité Sacerdotale. J’ai pris soin, par ce même courrier, de la transmettre à tous les Evêques de France, puisque vous me demandez de ne pas les rencontrer à Lourdes.




             Veuillez agréer, Eminence, l’expression de mes sentiments respectueux et fraternels en N.S. et N.D.

+ Marcel Lefebvre

Ancien Archevêque-Evêque de Tulle

(la photocopie de l’original se trouve dans mes archives)








Quelques jours plus tard, je me trouvais dans la bureau de Monseigneur Lefebvre pour parler des problèmes du Séminaire, des études, des élèves et faire le point surs les travaux de construction.



Le téléphone sonne. LE CARDINAL MARTY au bout du fil. Mgr Lefebvre me fait signe de prendre l’écouteur. C’est bien le Cardinal Marty, reconnaissable entre mille par son accent. Je prends des notes !





Cardinal Marty : - « Excellence, j’ai reçu votre lettre, et c’est de cela que je veux vous parler pour que tout soit bien clair entre nous. Je dois vous parler clairement et franchement. Si je vous ai dit que votre venue était inopportune et impossible, ce n’est pas en raison d’un changement dans les Statuts de la Conférence Episcopale.




« Vraiment, votre venue à Lourdes pourrait être cause d’un scandale, car je vois mal les Evêques de France accueillir parmi eux, un de leurs confrères qui est en désobéissance avec Rome, en refusant d’accepter la Nouvelle Messe promulguée par le Pape Paul VI, en conformité aux désirs du Concile Vatican II. Et donc, votre visite est impossible, car cela donnerait l’impression que les Evêques de France cautionnent votre désobéissance ».



Monseigneur Lefebvre : - « Je vous remercie Eminence d’avoir eu la délicatesse de m’appeler directement. Mais je tiens à vous préciser que la Messe de Saint Pie V n’a jamais été interdite, même si le Novus Ordo a été étendu à l’Eglise Catholique [NdR : On sait que ce point a définitivement été clarifié par le Pape Benoît XVI]. De plus, je me permets respectueusement de vous faire remarquer que le Novus Ordo ne correspond pas à des désirs exprimés au Concile Vatican II. Si mes souvenirs sont exacts, et ils le sont – je cite de mémoire bien sûr – le Concile prévoyait le maintien des différents rites existant dans l’Eglise Catholique, et donc, nécessairement le rite tridentin ».



Cardinal Marty : - « Mais en maintenant unilatéralement la Messe de Saint Pie V dans votre séminaire et dans votre Fraternité, vous introduisez un élément de division dans l’Eglise, en faisant coexister deux rites, dont l’un est officiellement promu par le Pape, Successeur de Pierre ».



Monseigneur Lefebvre : - « Eminence, vous êtes en train de m’accuser de diviser l’Eglise, à propos de la célébration de la Messe tridentine, alors que des personnalités éminentes, comme le Cardinal Ottaviani ont émis des doutes sur l’opportunité de cette innovation. Et c’est de cela aussi que j’aurais aimé parler à Lourdes, surtout après les rapports mensongers publiés sur mon séminaire et sur la Fraternité Saint Pie X ».



« Si ma présence est inopportune et impossible, pourquoi la présence de chrétiens non-catholiques qui ne croient pas dans le Saint Sacrifice de la Messe, qui ne célèbrent donc pas le Nouvel Ordo promulgué par le Pape Paul VI, n’est-elle pas plus inopportune encore et plus impossible ? Ne serais-je pas, ou plus, un Evêque Catholique ? Il me semble que c’est la conclusion que je dois tirer de vos affirmations. Et je m’élève vivement contre cette injustice ».



« C’était pour vous, Eminence, comme pour tous mes confrères dans l’Episcopat, l’occasion de lever des équivoques, de mettre fin à des affirmations mensongères, de parler entre « frères dans l’épiscopat ». Je vois qu’il n’en est rien, et que l’attitude de l’Episcopat français à mon égard n’a pas changé depuis l’Assemblée des Archevêques et Evêques de France ».



« Je me sens blessé profondément dans ma fonction d’Evêque et de Successeur des Apôtres, et considéré comme un élément schismatique et hérétique ».



Cardinal Marty : - « Excusez-moi, Excellence, ce n’est pas exactement ce que j’ai voulu dire. Mais le problème de la Messe demeure : il introduit un élément grave de division chez les fidèles et dans l’Eglise. Et je vois difficilement comment cette question aurait pu être abordée à Lourdes sans susciter des polémiques enflammées de la part des Evêques de France. Nous ne pouvons donner au monde le spectacle d’une telle division. Je reconnais que c’est une question délicate dont il faudrait parler plus longuement, et notamment avec les Dicastères Romains compétents ».



« C’est pourquoi, pour éviter que des jugements erronés puissent être portés sur le Séminaire d’Ecône et sur la Fraternité Saint Pie X, qui vous amènerait, comme vous me l’écrivez à répondre en vous plaçant sur le même terrain, pour défendre vos séminaristes français et non-français, JE VOUS DONNE MA PAROLE D’HONNEUR DE PRESIDENT DE LA CONFERENCE ESPISCOPALE DE FRANCE QUE L’ON NE PARLERA PAS D’ECONE ET DE LA FRATERNITE SAINT PIE X A LOURDES ».



« Et je vous invite même, quand vous serez de passage à Paris, à venir partager mon repas, ce qui nous permettra de parler sereinement de toutes ces questions, sans soulever de polémique, pour faire ensemble le point, et nous efforcer de trouver une solution équitable au problème qui vous tient à cœur, la formation dans les séminaires, mais aussi la question délicate et épineuse de la Messe ».



Monseigneur Lefebvre :  « Je vous remercie Eminence de ces dernières paroles, et je suis rassuré par la promesse que vous venez de me faire. Soyez assuré que, de mon côté, je veillerai à traiter cette question du rite de la Messe avec les Dicastères compétents à Rome. Mais je tiens tout de même à terminer en vous faisant remarquer, Eminence, que ni Monseigneur Adam, ni Monseigneur Charrière, ni même le Cardinal Journet, n’ont fait d’objection sur le maintien dans mon Séminaire et dans ma Fraternité, du rite dit de Saint Pie V ».




« Soyez assuré de mes sentiments fraternels dans le Christ et Notre-Dame ».


Dernière édition par ChristianK le Mar 18 Juin - 17:41, édité 1 fois
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ChristianK



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MessageSujet: Re: Abbé Masson: Quand le séminaire FSSPX était légal (70-74)   Abbé Masson: Quand le séminaire FSSPX était légal (70-74) EmptyMer 12 Juin - 22:14

« TOURNANT » DE 1972




En effet, dans le courant du mois d’octobre 1972, je reçois une lettre de Mgr François Fretellière, Evêque Auxiliaire de Bordeaux, et Président de la Commission pour les Vocations de la Conférence Episcopale. Il m’écrivait ceci (retranscrit d’après l’original, archives personnelles) :

Lettre de Mgr Fretellière à Monsieur l’Abbé Masson


Mgr François FRETELLIERE Bordeaux le 30 septembre 1972

Evêque Auxiliaire de Bordeaux

24, Boulevard Pierre I er

33 BORDEAUX

CODE POSTAL 33000



Monsieur l’Abbé MASSON

Supérieur du Séminaire ECONE

1908 RIDDES ( Suisse)



Mon Père,



Vous savez sans doute que nous devons à Lourdes discuter des problèmes des Séminaires. Je m’attends à ce qu’on me demande une information sur le Séminaire d’Ecône : ses effectifs, ses orientations.




Je ne voudrais pas être indiscret, mais dans le mesure où vous seriez susceptible de me donner quelques indications, je vous en serais reconnaissant.




Voyez dans cette lettre simplement le désir d’avoir une information de première main. J’aime mieux aller directement aux sources, et vous dire loyalement le but de ma demande.




Veuillez agréer, mon Père, l’expression de mon respect.



Mgr. F. FRETELLIERE



Je montre aussitôt la lettre à Mgr Lefebvre qui l’accueille avec joie et grande espérance, et me demande de préparer une réponse en donnant les informations demandées, et d’informer Mgr Fretellière qu’il se rendra en personne à Lourdes, en tant que membre « consultatif » (comme ancien Archevêque-Evêque de Tulle) pour répondre personnellement aux questions que pourraient lui poser ses Confrères, et leur donner toutes les précisions désirées. Je fis lire ma réponse à Mgr Lefebvre qui me donna son accord.





Voici ma réponse à Son Excellence Mgr Fretellière (retranscrit d’après copie papier carbone, archives personnelles)






Réponse de Monsieur l’Abbé Masson à Monseigneur Fretellière

Séminaire International Saint Pier X 7 octobre 1972

1908 Ecône-Riddes

Valais-Suisse

Monsieur l’Abbé Jacques Masson

Directeur du Séminaire

Monseigneur F. Fretellière

Bordeaux



Monseigneur,



Je réponds sans tarder à votre lettre du 30 septembre dernier. Je comprends très bien le sens de votre démarche, qui est le désir d’avoir une information de première main sur notre Séminaire. Il est vrai que l’on colporte facilement un certain nombre d’informations qui peuvent être soit inexactes, ou manquer de précision. Je vous dirai tout simplement, pour commencer, que je suis simplement Directeur du Séminaire Saint Pie X, dont le Supérieur est Monseigneur Lefebvre. Néanmoins, je vous donnerai quelques renseignements succincts, laissant toutefois le soin à Monseigneur Lefebvre lui-même de vous donner un complément d’information. Son intention est d’être présent à la Conférence Episcopale à Lourdes ; vous pourrez alors lui demander tous les renseignements que vous jugerez utiles.




Pour bien situer notre Œuvre , je vous donne un bref aperçu de ses origines. En 1969, Monseigneur Lefebvre, encouragé par l’Evêque de Fribourg, et sollicité par un groupe de neuf séminaristes, créa un foyer d’étudiants pour l’Université de Fribourg. Au cours de cette année, se précisa chez Monseigneur et les étudiants, l’idée d’une Fraternité à l’image des Missions Etrangère ; et, en même temps apparut la nécessité d’une Année de Formation Spirituelle comme préparation à l’entrée dans cette Fraternité.





En 1970 sont donc fondées, et la Fraternité érigée canoniquement, et l’Année de Spiritualité fixée dans le Diocèse de Sion, avec les encouragements de Monseigneur Adam. En 1971, devant le nombre des demandes d’entrée dans la Fraternité, la maison de formation spirituelle dans le Valais, devient le Séminaire International Saint Pie X, sur les conseils aussi de Son Eminence le Cardinal Journet, et l’autorisation de Monseigneur Adam. A Fribourg, demeureront ceux qui poursuivent les licences. La Fraternité Sacerdotale Saint Pie X étant internationale, le Séminaire Saint Pie X l’est aussi. Les Congrégations Romaines ont été tenues au courant de la fondation de la Fraternité ; et le Cardinal Wright, Préfet pour la Congrégation du Clergé nous a fortement encouragés et approuvés. Monseigneur Lefebvre a prévenu personnellement Mgr Garronne de la fondation du Séminaire de la Fraternité. Et Monseigneur Adam, Président de la Conférence Episcopale Suisse, Délégué au Synode a tenu à voir personnellement le Cardinal Garronne, pour lui dire ce qu’il pensait du Séminaire. Le Cardinal l’a chargé des veiller sur la marche et le développement de la Maison. Monseigneur Adam a fait régulièrement les visites canoniques, et envoyé les rapports nécessaires à la Congrégation des Séminaires.





Les effectifs : Il y a 30 anciens, dont 4 prêtres, et 26 séminaristes ; 6 se trouvent à Fribourg, 24 à Ecône ; 33 nouveaux pour cette année. Les proportions se répartissent de la sorte : 75% de Français, 25% de non-Français.





Orientations : Les orientations du Séminaire sont celles de l’Eglise et de la « Ratio Fundamentalis ». Le Séminaire est précédé d’une année de formation spirituelle permettant de former à la spiritualité, l’Ecriture Sainte et la Liturgie ; temps également de réflexion et d’approfondissement de la vocation ; temps enfin de probation avant l’entrée dans la Fraternité. Pendant les cinq années d’études, et suivant les demandes de Rome, nous nous efforçons de donner une solide formation doctrinale thomiste. Formation à la piété surtout, par le Saint Sacrifice de la Messe et la Liturgie, par le chant grégorien. Formation pastorale également par un grand zèle missionnaire pour le salut des âmes (les membres de la Fraternité n’étant pas attachés à un ministère particulier, pourront être appelés à des ministères divers), par l’esprit de prière, par l’esprit de Foi, par l’amour de la Sainte Eglise et du Saint-Père ; par les Exercices Spirituels ; par des « exercices pratiques » au cours des vacances, et dans la paroisse de Riddes, et dans des paroisses en France ou à l’étranger pour les non-Français, des camps, des colonies de vacances, etc.





Voilà, très brièvement, Monseigneur, quelques renseignements, brefs, mais qui pourront vous donner une idée au moins de l’historique de la fondation, des effectifs, et en général des orientations de notre Séminaire. Monseigneur Lefebvre pourra compléter sur tous les points que vous pourrez éventuellement lui demander de compléter , à Lourdes.





Dans l’espoir d’avoir répondu, même brièvement, à ce que vous attendiez de moi, je vous prie de croire, Monseigneur, en mes sentiments les plus respectueux et en mes prières à vos intentions.





Abbé Jacques Masson, directeur






La réaction de l’Episcopat français ne tarda pas, par une lettre du Cardinal François Marty, Archevêque de Paris, et Président de la Conférence Episcopaleadressée à Monseigneur Lefebvre. Monseigneur Lefebvre m’a montré immédiatement cette lettre « injuste et ignoble », me dit-il, car le Cardinal déclarait à Monseigneur Lefebvre que « sa visite était inopportune et impossible » !






Cardinal F. Marty



« Inopportune et impossible ». Le premier terme, « inopportune », manifestait, pour Monseigneur Lefebvre, l’attitude résolument hostile des Evêques de France, leur refus de nouer tout dialogue avec lui, le rejet total de son œuvre considérée a priori comme une « condamnation de leur orientation pastorale », et en tout premier le rejet de sa propre personne.





Ce dernier point ne l’étonnait pas du tout, car cette attitude n’était pas nouvelle. Monseigneur Lefebvre me rappela alors ce qu’il m’avait déjà raconté, l’opposition de l’Assemblée des Cardinaux et Archevêques de France, à son nomination à un Archevêché, à son départ de l’Archevêché de Dakar. Et il me montra la copie d’une lettre, que lui avait donnée une personnalité amie, de haut rang, dont je tairai le nom par discrétion :cette lettre, adressée au Gouvernement Français, émanait de l’Assemblée des Cardinaux et Archevêques qui demandait au Gouvernement de tout faire auprès du Vatican pour empêcher que Monseigneur Lefebvre soit nommé Archevêque en France : car il était un personnage dangereux, non seulement par ses positions intégristes, mais surtout par ses positions politiques d’extrême-droite et colonialiste. Je n’ai pas de copie de cette lettre, mais je l’ai lue ! Il fut nommé à l’Evêché de Tulle.



Le deuxième terme, « impossible » était un prétexte : Monseigneur Lefebvre n’étant pas Evêque résidentiel, ne pouvait certes pas participer activement aux débats. Monseigneur Lefebvre me dit : « Ils sont de mauvaise foi, car s’il est vrai que seuls les Evêques résidentiels peuvent participer à l’Assemblée à titre délibératif, il est vrai également que les anciens Evêques et Archevêques, peuvent eux aussi y assister, à titre consultatif, si on leur demande leur avis sur une ou plusieurs questions. Et c’est à ce titre que je voulais aller à Lourdes, pour répondre aux questions éventuelles sur notre Séminaire ».



« Mais ils disent que ma présence est inopportune et impossible, alors qu’il y a des « auditeurs » invités,d’autres Confessions chrétiennes non-catholiques, et même des laïcs. Ils montrent ainsi leur mauvaise foi, leur acharnement aveugle, et, tout prêchant l’oecuménisme, et en parlant de l’Unité de l’Eglise, ils refusent de parler avec un Evêque Catholique ! Ils montrent bien ce qu’ils sont, et ils feront tout pour déclarer que nous ne sommes plus Catholiques ».



Et Monseigneur Lefebvre de conclure : « L’Assemblée des Cardinaux et Archevêques de France a changé de structure et est devenue la Conférence Episcopale de France. Mais Leur opposition farouche à mon égard n’a pas changé ! Je crois que nous ne pouvons rien attendre d’eux : ils feront tout pour nous détruire ». Et il en fut ainsi.



Monseigneur Lefebvre écrivit alors la lettre suivante à tous les Evêques de France, résidentiels et non résidentiels, qui devaient participer à l’Assemblée à Lourdes de la Conférence Episcopale Française :




Lettre de Monseigneur Marcel Lefebvre à tous les Evêques de l’Assemblée de Lourdes

Voici le texte de la transcription de la lettre manuscrite, donc écrite et signée de la main même de Monseigneur Lefebvre, et dont je possède l’original (archives personnelles) ; cette Lettre fut envoyée à tous les Cardinaux, Archevêques et Evêques de France, en photocopie. L’original n’a pas été envoyé, ce pourquoi il est dans mes archives. C’est un texte INEDIT que « Hermas » présente à ses lecteurs au nom de la Vérité dans la Charité.



Fraternité Sacerdotale Saint Pie X + Ecône le 16 octobre 1972

50 Route de la Vignettaz

1700 FRIBOURG

Tél. 037 / 24 51 91



Cher Monseigneur,



Son Excellence Monseigneur L’Auxiliaire de Bordeaux nous a demandé des informations au sujet de notre Œuvre et du Séminaire d’Ecône en Valais, afin de présenter à ce sujet un rapport à la Conférence Episcopale qui doit commencer ses sessions le 23 octobre.




Nous lui avons répondu en lui donnant quelques informations, et en l’avertissant que je serai présent à ces sessions, persuadé que j’étais membre de droit de l’Assemblée avec voix consultative comme ancien Archevêque-Evêque de Tulle, ce qui est désormais mon titre officiel donné par le Saint-Siège.




J’ai prévenu le Secrétariat de la Rue du Bac, et ai écrit à Son Eminence le Cardinal Archevêque de Paris pour lui faire part de mon intention qui était de pouvoir dialoguer et éclaircir des malentendus ou de fausses informations. Cela me semblait plus normal et plus fraternel. Je n’avais aucune arrière pensée.




Or, vous trouverez ci-joint la réponse à ma lettre de Son Eminence : ma présence serait ni opportune ni possible !...




Je n’insiste pas, mais, sachant que des informations tendancieuses et même un rapport calomnieux vous ont été communiqués, pour prévenir tout jugement injuste et non fondé de votre part, je tiens à vous faire savoir que ma Fondation est tout à fait canonique, vous pouvez en juger par la Lettre encourageante du Cardinal Wright, et peut-être aussi par le fait que le Saint-Père m’a envoyé par sa Nonciature de Rome une Lettre de Bénédiction, il y a 8 semaines, à l’occasion de mon 25ème anniversaire d’épiscopat.




Son Excellence Monseigneur l’Evêque de Sion a envoyé une lettre au Saint-Siège, très favorable ; les témoignages pourraient-ils avoir lieu si mon Œuvre n’était pas régulière et canonique ?, si, comme on s’est plu à le dire mensongèrement, mon Séminaire était un séminaire marginal et sauvage. Quelle est la Société qui n’a pas sa Maison de Formation de ses sujets ? Or, la Société que j’ai fondée est à l’image de la Société des Missions Etrangères, mais destinée à tous les ministères sacerdotaux et en tous lieux où nous serons appelés par les Ordinaires des lieux. Le but est pleinement conforme au voeu exprimé par le Concile.




La formation et l’orientation spirituelle et doctrinale est conforme à la « Ratio Fundamentalis » de la S.C. pour l’Education Chrétienne.




Quant à l’adaptation pastorale, il suffit de constater avec quel empressement nos séminaristes sont demandés pour la direction de colonies de vacances, soit en Suisse, soit en France. Les familles manifestent chaleureusement leur confiance et leur satisfaction. Les fidèles ont un grand désir de trouver des hommes de Dieu qui montrent leur foi et la mettent en pratique.




J’ose espérer, cher Monseigneur, que votre appréciation de notre Œuvre de la Fraternité Sacerdotale Internationale Saint Pie X ne se laissera pas influencer par des propos calomnieux, mais sera semblable à celle de notre Evêque Monseigneur Adam et de Son Eminence le Cardinal Wright.




Regrettant de ne pouvoir vous rencontrer à Lourdes, je vous prie de croire à mon respectueux et fraternel dévouement en N.S. et N.D.



+ Marcel Lefebvre

Ancien Archevêque-Evêque de Tulle




DOCUMENTS JOINTS EN ANNEXE aux Evêques




+ ÉVÉCHÉ + DE LAUSANNE GENEVE ET + FRIBOURG +



DÉCRET D'ÉRECTION DE LA «FRATERNITÉ SACERDOTALE INTERNATIONALE SAINT PIE X»



Etant donné les encouragements exprimés par le Concile Vatican II, dans le décret "Optatum totius", concernant les Séminaires internationaux et la répartition du clergé;



Etant donné la nécessité urgente de la formation de prêtres zélés et généreux conformément aux directives du décret suscité;



Constatant que les statuts de la Fraternité Sacerdotale correspondent bien à ces buts:



Nous, François Charrière, Evêque de Lausanne, Genève et Fribourg, le Saint Nom de Dieu invoqué, et toutes prescriptions canoniques observées, décrétons ce qui suit:




Nous implorons les Bénédictions divines sur cette Fraternité Sacerdotale afin qu'elle atteigne son but principal qui est la formation de saints Prêtres.



Fait à Fribourg, en notre Evêché le 1ernovembre 1970 en la fête de la Toussaint.




+ François Charrière, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg





SACRA CONGREGATIO PRO CHIERICISRomae, die 18 februarii 1971

Prot. N. 133515/1.



(in respcnso hic numerus referatur)



Exc. Me Domine,



Magno cum gaudio litteras tuas recepi, quibus Excelientia Tua notitias et statuta Operæ vulgo dictæ : "Fraternité Sacerdotale" mihi nota fecit.

Ut Excellentia tua exponit, Associatio, cura ejusdem Excellentiæ tuæ ab Episcopo Friburgensi D.no Francisco Charrière adprobata die 1 novembris 1970, iam fines evasit nationis Helveticæ, et plurimi Ordinarii ex diversis orbis partibus, ipsam laudant et adprobant. Hæc omnia et speciatim sapientes normæ, qulbus Opera informatur et regitur, bene sperare faciunt de eadem associatione.

Ex parte igitur huius Sacræ Congregationis, quod attinet, "Fraternitas Sacerdotalis" multum conferre poterit ad finem adipiscendum Consilii, in hoc S. Dicastero constituti, pro Cleri in mundo distributione.

Omni quo par est obsequio me profiteor



Excellentiæ Tuæ Rev.mæ

addictissimum in Domino



J. Card. Wright Praef.



Exc.mo ac Rev.mo Domino

D.no Marcello LEFEBVRE,

Archiepiscopo tit. de Synnada in Phrygia



Via Casalmonferrato, n. 33, ROMAE




(La photocopie de ces documents, et de la deuxième Lettre d’approbation et d’encouragement du Cardinal Wright à Mgr Lefebvre se trouvent dans mes archives)
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ChristianK



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MessageSujet: Re: Abbé Masson: Quand le séminaire FSSPX était légal (70-74)   Abbé Masson: Quand le séminaire FSSPX était légal (70-74) EmptyMer 12 Juin - 22:16

Rédigé par Mgr J. Masson et publié depuis Overblog




31 Octobre 1972



Nous arrivons à cette date-pivot qui marque un tournant important et décisif, pour Ecône, et pour l’Eglise.







Pour cette veille de la Toussaint, j’avais organisé avec le Chanoine Berthod, des Chanoines du Saint Bernard, professeur au séminaire d’Ecône, une journée dans la montagne. La journée se termina dans la panique, car nous avions été surpris par la neige, et avions perdu dans la nature le Père Thomas d’Aquin, bénédictin, lui aussi professeur à Ecône. Nous sommes rentrés au séminaire tout juste pour le repas du soir, préoccupés par son sort.



Mais ce qui nous préoccupa plus encore, ce fut de voir Monseigneur Lefebvre : lui qui avait toujours le sourire, était décomposé, abattu, écrasé par un poids qui semblait énorme. Il ne nous fit aucune demande sur le déroulement de la journée. Et, pendant que les autres responsables s’occupaient d’alerter la Protection Civile pour aller à la recherche du Père Thomas d’Aquin, je m’approchai de Monseigneur Lefebvre, pour lui demander discrètement ce qui se passait [Photo : l'excursion en montagne].



« L’Assemblée Plénière de la conférence des Evêques de France à Lourdes, a condamné notre séminaire comme SEMINAIRE SAUVAGE ! C’est ignoble ! Je m’en doutais, mais je n’osais pas y croire. Quand je pense que le Cardinal Marty m’a donné sa parole d’honneur de Président de la Conférence Episcopale que l’on ne parlerait pas d’Ecône à Lourdes !




« Un Cardinal ! se comporter ainsi ! Des Evêques, des Pasteurs, qui refusent le dialogue et condamnent sans savoir. Oui, c’est ignoble.

« Ils ont toujours été ignobles à mon égard.

« Ils veulent me détruire, et détruire l’Oeuvre que j’ai faite, alors que leurs séminaires se vident.

« Nous ne pouvons rien attendre d’eux.

« Désormais, je suis certain qu’ils feront tout, qu’ils emploieront tous les moyens pour nous détruire !

« Ils sont de mauvaise foi !

« Ils ne veulent pas voir la vérité en face !

« Ils n’auront aucun scrupule : avec eux, on peut s’attendre au pire. Je me souviens trop bien de leurs manoeuvres malhonnêtes lors du Concile, de leurs déclarations ambiguës, de leurs accusations contre ceux qu’ils considéraient comme des « attardés », les Cardinaux Ottaviani, Tisserand, moi-même, et bien d’autres…

« Mais je me défendrai, je défendrai mon Œuvre car je considère qu’elle est indispensable pour l’Eglise, devant la débâcle qui déferle sur les séminaires…, qui vide les églises, qui divise les fidèles, qui voient les prêtres défroquer, perdre le sens de leur sacerdoce.

« Je vous défendrai, je défendrai coûte que coûte les séminaristes qui veulent être de vrais prêtres, et qui s’adresseront à moi ».



Monseigneur Lefebvre informa la communauté des séminaristes de cette condamnation des Evêques de France, et les assura qu’il ne les abandonnerait jamais.



Journée tragique en vérité, et pleine de tristesse que fut la Fête de tous les Saints, même si le Père Thomas d’Aquin avait été retrouvé sain et sauf dans un « refuge » dans la montagne.



Une page venait de se tourner : plus rien ne serait désormais comme auparavant, et l’on ne pouvait rien espérer de l’Eglise de France. Mais Monseigneur Lefebvre était plus résolu que jamais : pour lui, « il fallait sauver l’Eglise, attaquée de l’intérieur, trompée par ses propres Pasteurs, devenus des « loups rapaces », préoccupés seulement de faire passer leurs propres idées, sans se demander si elles correspondaient à la Volonté de Dieu, et étaient dans la ligne de la tradition de l’Eglise… Ils ont un esprit partisan. Je suis sûr qu’ils feront tout pour nous faire excommunier, moi du moins… Le Cardinal Marty ! Comment peut-son se comporter ainsi : un Prince de l’Eglise, un Membre du Sacré-Collège des Cardinaux ! Le Président de la Conférence Episcopale. C’est inouï ! Je croyais pourtant bien les connaître. Hélas, Pauvre Eglise, pauvre Eglise de France… Usquequo ? Oui, jusqu’où iront-ils ? »






Deux visites Episcopales à Ecône



Quelques semaines plus tard, à peine, l’Abbé Emmanuel du Chalard, séminariste à Ecône depuis sa fondation en 1970, me téléphone, un dimanche, à 14 heures, depuis la porterie : « Monsieur de Blois est là, et il voudrait parler avec le Directeur ». J’allais immédiatement à la rencontre de l’Evêque de Blois, Monseigneur Joseph Goupy. Il se rendait à Rome, et, étant de passage, il voulait connaître « de visu » ce séminaire dont on avait parlé à Lourdes.






Je lui fis visiter l’ancien bâtiment des Chanoines du Saint Bernard avec la chapelle d’origine, qui avaient servi pour la première année, puis l’aile de deux étages contenant les salles cours, puis le deuxième bâtiment qui comprenait les chambres des séminaristes, et, au dernier étage la chapelle, vaste, pouvant contenir une centaine de personnes, en attendant la Chapelle définitive [Photo : les deux nouveaux bâtiments du séminaire d'Ecône].





Dans mon bureau, j’ai répondu ensuite à ses nombreuses questions, fort pertinentes, questions d’une personne qui manifestait son intérêt et pas une simple curiosité. Il a pris connaissance du programme des différentes années, spiritualité, cours, règlement, composition du corps professoral, comprenant notamment le Père Spicq, éminent bibliste et le Père Mehrlé qui venaient chaque semaine de Fribourg où ils enseignaient à l’Université, pour assurer les cours d’Ecriture Sainte et de Théologie. Mgr Goupy exprima son désir de prier avec la communauté en assistant aux Vêpres solennelles chantées en grégorien.






Après les Vêpres, et avant de quitter le séminaire, nous avons continué notre conversation. Et Mgr Goupy me déclara tout simplement : « On est bien loin de tout ce qui a été raconté à Lourdes sur votre séminaire. J’ai vu ici le contraire de ce qui nous a été présenté. Et je le regrette profondément, tout comme je regrette que l’on ait refusé à Monseigneur Lefebvre de venir à Lourdes, où d’autres anciens Evêques résidentiels étaient présents. . Cela a été une erreur, et une injustice. Je tiens à vous le dire, et vous pourrez le dire à Monseigneur Lefebvre de ma part ». « Dites cela à Rome, où vous vous rendez », suggérais-je à Mgr Goupy au moment de son départ (Photo : la chapelle provisoire].



La visite de Monsieur de Blois fut suivie de peu par celle deMonseigneur de Bazelaire de Ruppierre. Ancien Archevêque de Chambéry, il avait renoncé à son Siège en 1996, et était alors âgé de 79 ans. Je l’avais déjà rencontré lors de ses passages à Nancy, car il était Lorrain d’origine, et avait été Supérieur fondateur du Grand Séminaire de l’Asnée en 1936.




En tant qu’ancien Archevêque résidentiel, il avait assisté à l’Assemblée Plénière de la Conférence Episcopale de Lourdes, et il était alors l’hôte pour quelques jours de Monseigneur Nestor Adam, Evêque de Sion, Diocèse où se trouvait le séminaire d’Ecône. Il avait parlé de l’affaire d’Ecône avec Monseigneur Adam, pour avoir des informations de première main. L’Evêque de Sion l’envoya à Ecône en lui disant qu’il aurait auprès de moi toutes les informations qu’il désirerait.




La réaction de Monseigneur de Bazelaire fut la même que celle de Monseigneur Goupy : « A Lourdes, on nous a dit tout le contraire de ce que vous me dites à propos des cours, de la formation humaine et spirituelle, de la mentalité, et de tout ce que je peux voir. On a présenté Monseigneur Lefebvre et son Séminaire comme résolument contraires et opposés au Concile, avec une fixation : la MESSE DE SAINT Pie V. Je ne comprends vraiment pas comment le Cardinal Marty a pu dire que la venue de Mgr Lefebvre à Lourdes était impossible et inopportune. Moi-même, j’étais présent, et dans la même situation que Monseigneur Lefebvre, avec voix consultative. Nous sommes bien loin de l’esprit de l’Evangile… J’ose dire que ce qui a été fait est malhonnête. Et je ne comprends pas non plus l’acharnement farouche des nombreux Evêques contre le fait de célébrer la Messe dite de Saint Pie V. En utilisant ce terme, ils manifestent déjà leur ignorance et leur parti pris, car la Messe dite de Saint Pie existait bien avant Saint Pie V, et certains font remonter nombre de ses éléments très près des temps apostoliques. »



« Et puis, pourquoi s’acharner contre cette Messe qui n’a jamais été formellement supprimée ? Contre cette Messe que j’ai célébrée pendant des années ? Comme Archevêque, j’ai ordonné des dizaines de prêtres qui l’ont célébrée, et qui se sont sanctifiés. Comment pourrait-elle être devenue « mauvaise ». C’est du parti pris. Je suis vraiment désolé de la condamnation de votre Séminaire comme « Séminaire sauvage », car, au moment où l’on parle tellement d’œcuménisme, on se ferme à ceux qui veulent vivre leur foi comme l’ont vécue leurs ancêtres ou les prêtres qui les ont précédés, et on les rejette. C’est grave. C’est introduire une division dans l’Eglise. Il faudra certainement des années pour réparer cette erreur. D’après ce qui a été déclaré en Assemblée, et en schématisant, le Séminaire d’Ecône a été condamné principalement parce que les séminaristes y portent la soutane, mais surtout, SURTOUT parce que l’on y célèbre la Messe de Saint Pie V ! C’est insensé, absurde ! Car, dans ce cas tous nos séminaires ont été JUSQU’A PRESENT DES SEMINAIRES SAUVAGES ! ».



Monseigneur de Bazelaire, en bon Lorrain, disait franchement ce qu’il pensait, sans mâcher les mots, il avait son franc-parler, tout comme le Cardinal Tisserand « le vieux Barbu », ou encore « le Prince Eugène » comme il était appelé (cela dépendait de qui parlait de lui !), Lorrain lui aussi. J’ai remercié Monseigneur de Bazelaire pour ses paroles d’encouragement et de réconfort, et pour la Bénédiction qu’il voulait accorder à tous les séminaristes présents et à venir, en souhaitant qu’ils soient de bons et saints prêtres, et qu’ils viennent renforcer les rangs clairsemés du clergé en France.



JAMAIS… OU ALORS…



La condamnation du Séminaire d’Ecône comme « SEMINAIRE SAUVAGE » suscita un vif émoi dans ce qu’on appelle « le monde traditionnaliste », terme employé généralement au sens péjoratif : préconciliaire, anti-conciliaire, opposé au Pape, retardataires, vieux jeu, etc. Monseigneur Lefebvre reçut de nombreuses demandes de fidèles inquiets et bouleversés qui voulaient savoir ce qu’allait devenir la Fraternité et le Séminaire qu’il avait fondé. De nombreuses demandes aussi de jeunes, inquiets de voir se fermer le Séminaire auquel ils songeaient, et dans lequel ils pensaient entrer.



Aussi Monseigneur Lefebvre commença-t-il une tournée d’information en France, tout d’abord dans la région parisienne. A son retour, au cours d’une réunion du conseil des professeurs, il nous donna un compte-rendu détaillé de tous les contacts qu’il avait eus, des appuis qu’il avait reçus, des suggestions qui lui furent faites. Il y avait notamment cette crainte des fidèles concernant l’avenir de cette oeuvre, « si Monseigneur Lefebvre venait à disparaître » !



Le problème était réel, Monseigneur Lefebvre n’était plus tout jeune. Il nous dit : « De nombreuses parts, on me demande de consacrer un Evêque, pour assurer la continuité de mon Œuvre, et pour assurer les futures Ordinations Sacerdotales ».



Un grand silence tomba sur la salle… et dura un certain temps. Puis, Monseigneur Lefebvre déclara avec force : « CELA, JAMAIS ! »



Un nouveau silence, plus pesant encore, plus long, car nous étions suspendus à ses propos, sentant bien que le Prélat n’avait pas fini de parler. Et de fait Monseigneur, reprenant la parole, déclara, avec fermeté et avec résolution : « OU ALORS, IL FAUDRAIT QUE LES CHOSES AIENT BIEN CHANGE ! »



Je ne pus me taire et lui dis d’une voix claire et ferme : « Monseigneur, JAMAIS, C’EST JAMAIS ! CAR ON POURRA TOUJOURS PRETENDRE QUE LES CHOSES ONT CHANGE ».



« In Nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti » : Monseigneur Lefebvre venait de mettre fin à la réunion du Conseil des Professeurs.



Dès ces paroles, j’avais compris que, désormais, les Evêques de France étaient parvenus à mettre Monseigneur Lefebvre sur la voie du schisme ; UN JOUR OU L’AUTRE, IL EN ARRIVERAIT LA, avec l’âge, et devant les menées inévitables des Evêques de France, à consacrer des Evêques pour lui succéder et continuer son oeuvre. Sous peu, je ne pouvais dire quand, ma place ne serait plus au Séminaire d’Ecône, pour rester dans l’Eglise Catholique. Je savais que je devrais quitter Ecône et la Fraternité, tout comme j’avais quitté la France, pour RESTER CATHOLIQUE.



Monseigneur Adam, l'Evêque de Sion, qui avait pourtant été si favorable à la fondation du séminaire, devait d'ailleurs me dire, à cette occasion : « J'étais heureux que vous soyez à Ecône, parce que c'était une garantie de fidélité à l'Eglise. Je suis content que vous en partiez maintenant, car vous ne pourrez empêcher le pire ».

(à suivre)

Mgr Jacques MASSON
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MessageSujet: Re: Abbé Masson: Quand le séminaire FSSPX était légal (70-74)   Abbé Masson: Quand le séminaire FSSPX était légal (70-74) EmptyMer 12 Juin - 22:17

Au mois de juillet 1971, Mgr Ménager me demande de venir parler avec lui à propos de cette Maison de Spiritualité. L’entretien fut houleux, pas de ma part. Je répondis aux questions de Mgr Ménager ; Je lui montrais le document d’encouragement signé par le Cardinal Wright, alors Préfet de la Congrégation pour le Clergé, le Décret d’Erection de la Fraternité Saint Pie X par Mgr Charrière, l’accord donné par Mgr Adam, Evêque de Sion, le lendemain de Noël 1970, pour la construction d’un séminaire à Ecône.



Mgr Ménager commença à prendre des notes pour rédiger un rapport à transmettre aux Evêques de France : « Si vous prenez des notes, lui dis-je, je ne dis plus un mot ; je ne subis pas un interrogatoire ! ». En hurlant, et en martelant son bureau avec le classeur qu’il avait en mains et sur lequel il voulait prendre des notes : il hurla » : « Je prendrai des notes si je veux ! et ce n’est pas vous qui m’en empêcherez. Si j’avais su, je ne vous aurais pas ordonné prêtre ». « C’est trop tard », lui dis-je, alors qu’il reposait le classeur sur le bureau. C’est amusant, cocasse, délassant même, de voir un Prélat perdre ainsi le contrôle !



Mais, le pire était à venir. Mgr Ménager me déclara, en perdant de nouveau tout contrôle et en hurlant, debout, le bras tendu en avant, menaçant :




« Mgr Lefebvre est un intégriste, il a tout fait pour saboter le Concile. Il dit qu’il est fidèle au Pape, mais il désobéit à Paul VI : il refuse de célébrer la Nouvelle Messe. Eh bien ! on verra jusqu’où ira sa fidélité au Pape : Nous ferons interdire la Messe de Saint Pie V par le Pape Paul VI : OU BIEN IL OBEIRA AU PAPE EN DISANT LA NOUVELLE MESSE, OU BIEN NOUS LE POUSSERONS AU SCHISME ! ».



A ce point de la conversation, je me levais avec calme, et dis simplement à Monseigneur Ménager : « Excellence, l’entretien est terminé ! ». Et je repris la route de Nancy.





NOUS LE POUSSERONS AU SCHISME



J’en arrive à présent où je voulais en arriver ! Le lecteur comprendra aisément qu’il était nécessaire d’être au courant de tout ce qui a précédé (un bref résumé !) pour comprendre ce qui s’est passé dans la tête de Mgr Lefebvre, et quel a été LE MOMENT, et surtout quelles ont été LES RAISONS qui l’ont amené À CHANGER LA BONNE ORIENTATION DU DÉPART… ET À EN ARRIVER À LA CONSÉCRATION DE QUATRE EVÊQUES.



Il faut savoir ces choses pour comprendre où sont les responsabilités : VERITAS IN CARITATE. VERITAS : Je juge que c’est pour moi un devoir d’expliquer ce changement, car, Monseigneur Lefebvre étant décédé, je suis à présent le SEUL à avoir été un témoin actif, un protagoniste de certaines choses non connues. Et la VERITAS est nécessaire pour éviter de donner toute la faute à un seul, et de lui faire porter toute la responsabilité d’un schisme qui divise toujours l’Eglise et fait souffrir beaucoup de bons catholiques fidèles à leur foi, à l’Eglise au Saint-Père ! IN CARITATE, car je m’abstiens de porter quelque jugement que ce soit. Les faits, c’est tout ! Ils parlent d’eux-mêmes.



L’Année de Spiritualité commença fin septembre 1970, avec 11 élèves. La Fraternité Saint Pie X fut érigée le 1° novembre par Mgr Charrière Evêque de Fribourg. Et, le lendemain de Noël 1970, Mgr Lefebvre, convaincu par le Cardinal Journet, demanda à Mgr Adam, Evêque de Sion, de pouvoir construire le séminaire de la Fraternité Saint Pie X à Ecône. Mgr Nestor Adam donna son accord, malgré ce qui a été prétendu par certains : je voyais Mgr Adam tous les 15 jours, pour faire le point, car il tenait à suivre la marche de la Fraternité, et suivre les projets de construction du Séminaire, ce qui me confirmait l’accord qu’il avait donné.








Mgr Lefebvre et Mgr Adam, Evêque de Sion, à Ecône, 1971



A la demande du Cardinal Garrone, en 1972, Mgr Adam rédigea un Rapport Canonique sur le Séminaire Saint Pie X, et me demanda de l’aider à réaliser ce document dans lequel il déclarait notamment : « Le séminaire Saint Pie X est probablement le seul au monde qui respecte la Ratio Fundamentalis promulguée par la Congrégation pour les Séminaires ». Pour lui, le Séminaire d’Ecône « était une pluie de roses dans son Diocèse » (sic !)



La nouvelle de cette Fondation fit grand bruit dans la Presse (Paris-Match vint même faire un reportage direct à Ecône, qui fut bien fait, je dois le dire, grâce à un compromis auquel j’étais parvenu sur les termes et les photos à publier !), et les demandes affluèrent à Ecône pour l’Année de Spiritualité : les travaux de construction du futur Séminaire commencèrent sans tarder et à un rythme soutenu.








Bénédiction de la première pierre des nouveaux bâtiments du Séminaire d’Ecône



Les 11 jeunes de l’Année de Spiritualité commencèrent ainsi leur première année du « cycle de philosophie » en octobre 1971. Ils avaient pris la soutane dès leur arrivée à Ecône, le 1° novembre 1980, Solennité de la Toussaint.










1° Novembre 1970 : première prise de soutane des séminaristes d’Ecône



Pour la rentrée d’octobre 1972, plus de 50 demandes arrivèrent à Mgr Lefebvre. Certes, le danger était de voir arriver tous les « rossignols » de la chrétienté, tous ceux qui avaient été chassés de leur séminaire, et qui se présentaient comme victimes de leur fidélité à la Tradition, et tous les extrémistes, « sedevacantistes » (ceux qui déclarent que le Siège de Pierre est vide, sans Pape donc, depuis la mort de Jean XXIII), et autres. Un choix judicieux et impitoyable s’imposait donc !



J’ai survolé volontairement ces deux années, qu’il serait intéressant de présenter (je l’ai déjà rédigé, mais ce serait trop long… Patience !), car cette année 1972 est d’une importance capitale pour l’avenir d’Ecône, et pour l’Eglise ! Que le lecteur lise avec soin les lettres qui vont suivre, car ELLES SONT INÉDITES, ET LES FAITS NE SONT PAS CONNNUS ! (Même à Ecône probablement !). C’est toute « La clef du mystère du schisme d’Ecône »

(à suivre)

Mgr J. Masson


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MessageSujet: Re: Abbé Masson: Quand le séminaire FSSPX était légal (70-74)   Abbé Masson: Quand le séminaire FSSPX était légal (70-74) EmptyMer 12 Juin - 22:19

ET SI L’ON EXCOMMUNIAIT MONSEIGNEUR LEFEBVRE ?





La question m’a été posée personnellement par Mgr Jérôme Hamer, Dominicain, Archevêque, Secrétaire de la Congrégation du Saint-Office. Dès mon arrivée à Rome le 29 septembre 1974, suivi quelques jours plus tard des premiers « transfuges » d’Ecône, Bruno Dufour, Thierry Lelièvre et Bertrand Lelièvre (d’autres avaient quitté mais accomplissaient alors leur service militaire), Mgr Hamer s’était occupé tout particulièrement de nous, avec Mgr Jacques Martin. Il ne cessera de nous guider, prêchant même des retraites quand le groupe était devenu plus important. Il accueillait les séminaristes venus d’Ecône, et ceux qui refusaient les séminaires français.




Mgr Hamer passait assez régulièrement chez moi, pour prendre des nouvelles de chacun. Au mois de janvier 1976, il me posa la question suivante :




- « Que ferait Monseigneur Lefebvre si le Pape l’excommuniait »




Sans hésitation, je lui répondis :




- « Il consacrerait des Evêques ! ».



Je lui expliquai alors ce qui s’était passé à Lourdes, puis lors de la réunion du Conseil des professeurs, et combien la situation s’était durcie à Ecône. Il me posait cette question pour deux raisons : Mgr Lefebvre avait prévu l’ordination de prêtres pour le mois de juin 1976, et les Cardinaux Villot et Garrone, vivement encouragés par les Evêques de France, avaient rédigé un document demandant au Pape Paul VI d’excommunier Mgr Lefebvre. Le document se trouvait sur le bureau du Saint-Père.




Mgr Hamer est intervenu personnellement auprès de Paul VI pour lui faire part de ce que je lui avais dit, et l’excommunication n’eut pas lieu.



Mais, dès l’élection du Pape Jean-Paul Ier le dossier se retrouva de nouveau sur le bureau du Saint-Père, qui n’eut pas le temps d’étudier la question.



Il se retrouva de même sur le bureau du Pape Jean-Paul II. Après s’être informé auprès de Mgr Hamer, et avoir étudié la question de près, Le Saint-Père convoqua Mgr Lefebvre, et eut un entretien d’une heure avec lui. Toutefois, sans succès, car l’entretien s’était déroulé en présence d’un témoin, Mgr Benelli futur Archevêque de Florence. Le compte-rendu de cet entretien présenté par Mgr Benelli fut refusé par Mgr Lefebvre, car il ne correspondait pas à ce qui avait été dit lors de l’entretien.



Des relations furent plusieurs fois entreprises entre Rome et Ecône. La première eu lieu sur l’intervention de mes amis Saventhem, en accord avec Mgr Lefebvre. Ils m’avaient demandé de faire savoir à Mgr Hamer que Mgr Lefebvre était disposé à nouer des relations avec Rome pour étudier la situation de la Fraternité, et suite au rapport que j’en avais fait à Mgr Hamer, un premier contact entre Rome et Ecône avait été établi, par le Père Dhanis, Jésuite. Ces relations restèrent cependant au point mort pendant un certain temps.



*

* *




J’ouvre ici une parenthèse, pour montrer par quelques anecdotes, que le Saint-Père n'a jamais été fermé à ces relations, et qu'il est toujours demeuré dans l'inquiétude de leur évolution.




J'eus la surprise et la joie, à l’occasion de mes 25 ans de Sacerdoce, d’être invité par le Pape Jean-Paul II, à concélébrer la Messe avec Lui, le 25 juin 1991. C'était alors, comme on l'a compris, après les sacres. Après la Messe, au lieu d’attendre que le Saint-Père n’arrivât pour saluer les prêtres et les fidèles présents, Mgr Dziwisz, Secrétaire personnel du Pape, me fit entrer dans la pièce où le Saint-Père était recueilli en prière :« Pour vous, c’est différent, c’est un grand jour, un Jubilé ».





Votre navigateur ne gère peut-être pas l'affichage de cette image.Jubilé Sacerdotal : « Je n’ai aucune nouvelle de la Fraternité… »



J’eus ainsi l’occasion de parler avec le Pape Jean-Paul II pendant une bonne vingtaine de minutes. Il me dit très simplement : « Vous avez été Directeur à Ecône. Nous n’avons plus de contact avec Ecône, et je n’ai aucune nouvelle de la Fraternité. Je m’en remets à vous, car je voudrais bien voir régler cette situation délicate et douloureuse, pour le bien de tous ».






Jubilé Sacerdotal : « Je m’en remets à vous… »



Par chance, mes amis Saventhem venaient à Rome la semaine suivante. Tout en restant très liés à Mgr Lefebvre, ils ne l’avaient toutefois pas suivi dans le schisme. Ils me donnèrent toutes informations dont il disposait, leurs réflexions sur l’opportunité de laisser libre la célébration de la Messe selon le rite de Sant Pie V. J’envoyais alors une note Saint-Père qui, « étant donné l’importance des informations reçues, l’avait communiquée aux Dicastères compétents ».



Il était aisé de constater que, déjà, on ne parlait plus alors d’excommunication à Rome. Le Cardinal Villot était mort en 1979. Le Cardinal Garrone était âgé et en retraite. Et puis, surtout, le Cardinal Ratzinger, qui était devenu Préfet du Saint-Office en 1981, exerçait à Rome une influence grandissante.



Je ferme cette parenthèse.



*

* *






Mais on n'en était pas là, loin s'en faut, au moment des premières relations. La question était alors celle-ci :





QUE FAUDRAIT-IL FAIRE POUR CONVAINCRE MGR LEFEBVRE DE NE PAS CONSACRER DES EVEQUES ?



La question se posait de plus en plus à Rome, angoissante : Mgr Lefebvre consacrerait-il des Evêques ? J’en était persuadé, comme je l'ai dit, depuis novembre 1972. Les relations entre Rome et Ecône s’étaient dégradées notamment après la Rencontre interreligieuse d’Assise en 1986. Il y avait eu la suppression de la Fraternité par Mgr Mamie, puis la « suspense a divinis », après l’ordination de prêtres en 1976. Les années avaient passé, et Mgr Lefebvre était alors âgé de 81 ans ! Pourtant ni Mgr Lefebvre ni le Pape Jean-Paul II ne voulaient une rupture et ils tentaient de maintenir le dialogue. Le Cardinal Ratzinger était chargé d’une mission pour trouver une solution d’entente.




Mais la probabilité de consécrations épiscopales devenait presque une certitude à court terme, si aucune solution n’était trouvée.




Le 2 février 1988, jour de la Chandeleur, jour traditionnel où, en France l’on mange les crêpes en les faisant sauter à la poêle en tenant une monnaie d’or dans l’autre main, j’avais deux hôtes de marque, Monsieur et Madame Frossard, mes oncle et tante par adoption. Crêpes au sucre, crêpes à la confiture de mirabelles (spécialité de la Lorraine), crêpes flambées au Grand-Marnier. Le tout arrosé du vin préféré de mon oncle Frossard, un Cap de Mourlin grand cru classé.



Tout en dégustant les crêpes, André Frossard me dit à brûle-pourpoint : « Le Saint-Père m’a chargé de vous demander ce qu’il pourrait faire pour que Monseigneur ne procédât pas à la consécration d’Evêques, ce qui serait dramatique, car il serait excommunié ipso facto latae sententiae ».



Quelques mois auparavant, le Cardinal Ratzinger m’avais posé la même question, à la fin d’un dîner à Santa Maria Consolatrice, paroisse dont il était Cardinal Titulaire.



Je donnais à André Frossard la même réponse que celle que j’avais donnée au Cardinal Ratzinger.



« Je ne vois qu’une seule solution : que le Saint-Père invite Mgr Lefebvre à Castel Gandolfo, sans limite de temps, sans témoin. Qu’il le laisse vider son coeur, lui faire part de toutes ses critiques, de toutes ses perplexités, de toutes les questions qui le heurtent.




« Et ensuite, que le Saint-Père, non pas en accusé, car il est le Pape, mais en frère aîné qui confirme ses frères dans la foi, réponde à ses questions, en prenant le temps, en lui expliquant ce qu’il fait, pourquoi il le fait, quels sont les problèmes sous-jacents à ces questions.




« Et je suis persuadé, connaissant très bien son esprit profondément romain, que Mgr Lefebvre, rassuré et convaincu par le Pape Jean-Paul II, peut encore jouer un grand rôle dans la crise que traverse l’Eglise, en France notamment, et qu'il se jettera au pied du Saint-Père en lui disant : je suis à vos ordres !».




André Frossard rapporta fidèlement ces paroles au Saint-Père. Jean-Paul II lui en reparla quelques jours plus tard et lui dit :



« J’ai toute confiance en votre neveu, qui a donné des preuves d’une très grande fidélité à l’Eglise, et surtout qui a connu personnellement et de près Mgr Lefebvre pendant trois ans ! Mais IL EST LE SEUL A ME DIRE CELA. Tous mes collaborateurs sans exception, y compris le Nonce en Suisse, m’affirment que c’est un chantage de la part de Mgr Lefebvre, et que, au dernier moment, il renoncera à consacrer des Evêques.

« Seul contre tous, comme vous, dans le Figaro, Monsieur Frossard !...

« Que dois-je faire ?... ».



Le temps presse ? Et les choses se dégradent ensuite, car Mgr Lefebvre revient sur l’accord qu’il avait signé après des mois de négociations avec le Cardinal Ratzinger le 5 mai 1988, accord qui approuvait notamment le principe de la nomination d'un Evêque pour que l'œuvre de la Fraternité se maintienne.



Quatre consécrations épiscopales sont prévues et organisées pour le 30 juin 1988.



Le 29 juin 1998, le Saint-Père, se souvenant de mes « conseils » envoie à Ecône le Nonce Apostolique en Suisse, qui déclare à Mgr Lefebvre : « Voici ma voiture, elle est à votre disposition pour vous rendre à Rome ».



« Vous plaisantez, Excellence, répond Mgr Lefebvre. Qu’irais-je faire à Rome. Il y a des années que j’ai demandé d’être reçu personnellement par le Saint-Père, sans succès. Vous croyez que je vais aller à Rome pour rien, alors que les consécrations épiscopales auront lieu demain, et que les familles, les invités et de nombreux fidèles sont déjà sur place ? Vous trouvez que votre démarche est raisonnable. Pour qui me prenez-vous ? ».



Le 30 juin, Bernard Fellay, Bernard Tissier de Mallerais, Richard Williamson, et Alfonso Galaretta sont sacrés Evêques.



Le lendemain, le Cardinal Gantin, Préfet de la Congrégation des Evêques, déclare que les quatre nouveaux Evêques, Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer, son-co-assistant consécrateur, sont frappés d’excommunication « latae sententiae ».




« On le poussera au schisme » avait dit Mgr Ménager : c’était désormais chose faite !




Le jour même où le Cardinal Gantin constatait l’excommunication des différents Prélats, le Pape Jean-Paul II téléphona à André Frossard, et lui dit tout simplement, avec une immense tristesse :




NOUS AVONS FAIT UNE SEULE ERREUR : NOUS N’AVONS PAS OSE CROIRE A CE que nous disait votre neveu. DITES-LE LUI DE MA PART ! ET COMBIEN JE REGRETTE DE N’AVOIR PAS SUIVI SES CONSEILS ».






UNE QUESTION : POURQUOI ?



Mais pourquoi, oui pourquoi cet acharnement farouche et systématique des Evêques dans leur ensemble contre la Messe dite de Saint Pie V, sans craindre, en la supprimant, de voir s’ouvrir un schisme dans l’Eglise ?



Que l’on nous dise ce qu’elle contenait de pernicieux, de contraire à la Foi de l’Eglise, à la Tradition de l’Eglise !




Pourquoi ? N’a-t-elle pas été la Messe du saint Curé d’Ars, par exemple et de nombreux autres saints prêtres au long des siècles ?



Que voulait-on détruire ? Qui voulait-on détruire ? Pourquoi voulait-on détruire ? La question peut se poser légitimement !



Que cache, que pourrait bien cacher cet acharnement farouche qui amena, par exemple, le Cardinal Garrone (lors d’une des deux réunions qui se sont tenues à Rome entre les Cardinaux Garrone, Wright et Tabera, et Monseigneur Lefebvre au mois de mars 1975), hors de lui, perdant tout contrôle, à « traiter de fou » Mgr Lefebvre devant sa volonté de maintenir la Liturgie Tridentine dans la Fraternité (sic !Témoignage direct donné par Mgr Lefebvre, outré, à mes amis Saventhem), en l’accusant, par cette attitude, d’introduire un schisme dans l’Eglise ? Ces réunions, suivies d’une Lettre adressée à Mgr Mamie avaient entraîné la Suppression de la Fraternité Saint Pie X.



Dans la Lettre adressée à Mgr Lefebvre, en date du 6 mai 1975, le Cardinal Garrone n’hésitait pourtant pas à écrire :




« Nous vous restons très reconnaissants du climat fraternel dans lequel ont pu se dérouler nos récents entretiens, sans que les divergences de nos jugements aient jamais compromis entre nous une communion profonde et sereine ».




Pour autant, le compte-rendu des entretiens, qui avaient été enregistrés, n’a jamais été publié, et n’a jamais été remis à Mgr Lefebvre, malgré ses demandes réitérées et ses protestations ! (Déclarations de Mgr Lefebvre à mes amis Saventhem). Il est aisé d’en comprendre la raison, ou les raisons.




Pourtant, la Messe dite de saint Pie V n'a jamais été abolie,comme l'établit la Lettre du Pape Benoît XVI aux évêques, accompagnant le « Motu Proprio » (7 juillet 2007).




Le Souverain Pontife y déclare clairement :




« Quant à l’usage du Missel de 1962, comme Forma extraordinaria de la Liturgie de la Messe, je voudrais attirer l’attention sur le fait que ce Missel n’a jamais été juridiquement abrogé, et que par conséquent, en principe, il est toujours resté autorisé ».



Le texte du « Motu proprio » déclare en effet clairement :



« Il est donc permis de célébrer le Sacrifice de la Messe suivant l’édition type du Missel romain promulgué par le B. Jean XXIII en 1962 et jamais abrogé, en tant que forme extraordinaire de la Liturgie de l’Église… ».




Voici l’original en latin de ce document :




« Proinde Missae Sacrificium, iuxta editionem typicam Missalis Romani a B. Ioanne XXIII anno 1962 promulgatam et numquam abrogatam, uti formam extraordinariam Liturgiae Ecclesiae, celebrare licet… ».



Notre Saint-Père, le Pape Benoît XVI mettait ainsi un point final, et apportait un démenti officiel, aux affirmations erronées et partisanes, aux accusations mensongères et calomnieuses (comme celles formulées à l’assemblée de Lourdes). Une grande partie de l’Episcopat notamment, opposée farouchement à Mgr Lefebvre et recourant même à des procédés malhonnêtes, les Evêques français en particulier, s’était servi de cet argument comme argument premier et principal pour accuser Mgr Lefebvre de désobéissance à l’égard de Paul VI et du Concile, et obtenir sa condamnation, et notamment la suppression de la Fraternité Saint Pie X par Mgr Mamie Evêque de Lausanne Fribourg et Genève en 1975, la suspense « a divinis » en 1976, ce qui avait amené le Supérieur de la Fraternité Saint Pie X a procéder à la consécration de 4 Evêques, entraînant ainsi l’excommunication des différents Prélats consacrés et de leur Supérieur, et un schisme dont l’Eglise aurait pu se dispenser.





Mgr Ménager l’avait bien dit dès 1971 : OU BIEN IL OBEIRA AU PAPE EN DISANT LA NOUVELLE MESSE, OU BIEN NOUS LE POUSSERONS AU SCHISME ! ».



Ils ont tout fait, nous l’avons vu ; Ils y sont parvenus, hélas ! trois fois hélas ! Dieu reconnaîtra les siens !



Mais comme le disait le Pape Paul VI, ce Lundi de Pentecôte 1970, découvrant la suppression de l’Octave de la Pentecôte : « PORTAE INFERI NON PREVALEBUNT ».



CARITAS IN VERITATE, VERITAS IN CARITATE

MERCI TRES SAINT-PERE !



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En guise de conclusion :




Celui qui a vu en rend témoignage,

un authentique témoignage,

et il sait qu’il dit vrai,

pour vous aussi vous croyiez

(cf. Jean 19,35)

Qu’il en fut bien ainsi…



Rome, le 15 septembre 2009
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ChristianK



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MessageSujet: Re: Abbé Masson: Quand le séminaire FSSPX était légal (70-74)   Abbé Masson: Quand le séminaire FSSPX était légal (70-74) EmptyMer 12 Juin - 22:20

LE RENDEZ-VOUS « FANTOME » AVEC MGR MAMIE






Mgr Pierre Mamie avait succédé à Mgr Charrière le 29 décembre 1970, comme Evêque de Lausanne, Genève et Fribourg, peu de temps après la fondation par Mgr Charrière de la Fraternité Saint Pie X. Mgr Mamie n’était pas revenu sur cette décision. Mais, selon des bruits qui venaient de Fribourg, suite à des protestations de son clergé, et à des demandes de célébration de la Messe de Saint Pie V dans son Diocèse, Mgr Lefebvre se doutait bien que, un jour ou l’autre, Mgr Mamie remettrait la Fraternité en question, sous un prétexte ou sous un autre. Tous les moyens étaient bons, on va le voir. Et il en fut ainsi [Ci-contre : Mgr Mamie, Evêque de Lausanne].

Mgr Lefebvre reçut un coup de téléphone de Mgr Mamie vers le 10 avril 1973 [je ne me souviens plus de la date exacte]. Il lui demandait de bien vouloir venir le trouver à Fribourg, pour étudier avec lui les questions posées par l’existence de la Fraternité dans le Diocèse de Fribourg. Le rendez-vous fut fixé au Mercredi Saint 18 avril 1973. Je conduisis Mgr Lefebvre en voiture à Fribourg, le déposai à l’Evêché et me rendis à la Maison de la Fraternité à Fribourg, Rue de la Vignettaz, pour l’y attendre.

A ma grande surprise, je le vis arriver vingt minutes plus tard, décontenancé. Il me déclara : « Le portier a frappé au bureau de Mgr Mamie, sans obtenir de réponse, puis, ayant demandé au Chancelier où se trouvait l’Evêque, ce dernier lui a répondu que Mgr Mamie s’était rendu en train à Genève. Cette affaire est louche me confia Mgr Lefebvre. En langage populaire, on dirait qu’il ‘m’a posé un lapin’… Après la parole d’honneur du Cardinal Marty, rien ne m’étonnerait plus. Mais attendons, pour ne pas faire de jugement téméraire ». Vers midi, les séminaristes qui étudiaient à l’Université de Fribourg, Jean-Yves Cottard, Paul Aulagnier, Bernard Tissier de Mallerais arrivent rue de la Vignettaz, tout surpris d’y trouver Mgr Lefebvre. « Monseigneur » leur explique l’affaire. Ils répondent : « Mgr Mamie ? on l’a vu ce matin à la gare de Lausanne au moment où il allait prendre le train pour Genève, et nous l’avons même salué ».

Nous retournons à Ecône. Mgr Lefebvre me fait part de ses craintes. Il s’attend à tout désormais. Il a compris l’acharnement des Evêques de France, le déchaînement de certains, dont Mgr Ménager qui avait rédigé un rapport mensonger pour mettre en garde contre le "Séminaire Sauvage "(il faut dire que tous les séminaristes du petit séminaire de Meaux étaient venus à Ecône !), et l’avait même envoyé à Rome. Et puis, les lettres de protestations d’Evêques de France commençaient à s’accumuler sur le bureau de Mgr Lefebvre, lui déniant le droit de venir faire des conférence dans leurs Diocèses, critiquant et condamnant l’orientation prise par le séminaire, l’adoption de la Messe de Saint Pie V "interdite" depuis l’introduction du Novus Ordo etc. : Mgr Desmazières, Evêque de Beauvais (photocopie, archives personnelles), Mgr Barbu Evêque de Quimper (ibid°), et d’autres encore.

Deux jours plus tard, Mgr Mamie adressait la lettre suivante à Mgr Lefebvre, DATEE DU MERCREDI 18 AVRIL, jour fixé pour le rendez-vous entre les deux Prélats (photocopie de l’original, archives personnelles) :



EVECHE DE LAUSANNE 1701 Fribourg, 18 avril 1973. D


GENEVE ET FRIBOURG ² 86 Rue de Lausanne


C.P. 77


TEL. (037) 22 67 21



Monseigneur Marcel Lefebvre


Fraternité Saint Pie X


Vignettaz 50


FRIBOURG




Cher Monseigneur,



Au jour que nous avions convenu, je vous ai attendu, mais vous n’êtes pas venu. Peut-être y-a-t-il eu un malentendu, mais il reste urgent que nous nous rencontrions au sujet des problèmes que me cause votre Séminaire à Ecône, en particulier les questions que je me pose sur la liturgie de la Messe de Saint Pie V.



Je suis obligé de vous dire que je remets en question aujourd’hui la protection que l’Evêque de Fribourg a accordée à la Fraternité Sacerdotale Internationale Saint Pie X dans notre diocèse. Je dis simplement que je la remets en question ; c’est pour cela que je serais heureux de vous rencontrer après Pâques.



Si je désire réexaminer le problème de ce protectorat, ce n’est pas – vous ne sauriez en douter – que je veuille en quelque manière, prendre quelques distances à l’égard de l’Eglise d’aujourd’hui, du Concile, de tous les Conciles, y compris Vatican II et de Sa Sainteté Paul VI. C’est surtout parce que dans le diocèse, actuellement, se créent des tensions et des divisions extrêmement douloureuses à propos de la messe de St-Pie V, tensions qui me paraissent souvent de vaines querelles et discussions inutiles.



Par conséquent, je pense que nous devons nous rencontrer afin de préciser notre pensée à chacun. Je vous redis que, lorsque Monseigneur Charrière avait accepté la présence sous son autorité de la Fraternité St-Pie X, il n’avait jamais été question, ni implicitement ni explicitement, de nouvelles maisons de formation sacerdotale. Vos maisons de formation théologique ne se situent pas dans notre diocèse, mais vous n’ignorez pas que les choses sont en partie conjointes et que l’un dépend de l’autre. De tout cela, nous aurons à parler.



Faut-il redire encore combien je veux rester attaché à toutes les intentions de Sa Sainteté Paul VI.



Je vous souhaite de bonnes fêtes de Pâques.



Très respectueusement



+ Pierre Mamie


Evêque de Lausanne, Genève et Fribourg



Copie à LL.EE les Cardinaux Gabriel Garrone, et John Wright

Mgr Nestor Adam, Président de la Conférences des Evêques suisses


La lettre arriva quelques jours plus tard à Ecône. Mgr Lefebvre, outré, ne peut retenir ces paroles : « Je vous l’avais dit : ce sont tous des menteurs ! On ne peut leur faire confiance. Ils utilisent l’arme du Démon, le mensonge, pour détruire une Œuvre que je pense être une Œuvre de Dieu, et surtout pour détruire le Saint Sacrifice de la Messe. Vous le voyez vous-même, il parle explicitement de la Messe de Saint Pie V. Comme vous l’a dit Mgr De Bazelaire, présent à Lourdes. C’est contre la Messe qu’ils en ont ! Je vous le répète, tous les moyens leur seront bons, même les plus malhonnêtes ! ».

Mgr Lefebvre répondit la lettre suivante à Mgr Mamie, en date du 25 avril, Mercredi de Pâques :



Fraternité Sacerdotale Saint Pie X + Ecône le 25 avril 1973


50 Route de la Vignettaz


1700 FRIBOURG


Tél. 037 / 24 51 91



Cher Monseigneur,



J’ai le regret de vous dire que je ne puis être d’accord avec les premières lignes de la lettre que vous m’adressez le 18 avril.



Avouez que c’est un comble ! Je suis venu à l’évêché le Mercredi à 11 h. 30 comme convenu. Le domestique m’a fait monter à votre bureau. Il a frappé à plusieurs reprises : vous n’y étiez pas. Il m’a prié d’attendre dans la salle de l’ascenseur et il est allé voir le Chancelier qui lui a dit que vous étiez parti à Genève. Je ne pouvais que rentrer chez moi, assez décontenancé de n’avoir pas été prévenu.



Or, ce même jour, et à cette heure, les séminaristes que vous avez aimablement salués, vont ont rencontré sur le quai de la gare de Fribourg. Voilà la réalité. Avouez qu’elle est autre que ce que vous me dites , « Je vous ai attendu mais vous n’êtes pas venu ».



Décidément, ceci, plus le communiqué inexact du Cardinal Journet auquel vous n’êtes pas étranger, plus votre lettre m’accusant de ne pas appliquer les consignes de Vatican II, ce qui est une grossière calomnie, cela fait beaucoup de choses qui auraient besoin d’être éclaircies entre nous, et en tout cas, beaucoup de tort que vous nous faites indûment. J’espère que vous aurez la charité de rétablir la vérité auprès des autorités auxquelles vous adressez le double de cette lettre.



J’ai toujours été disposé à parler franchement et simplement avec mes confrères dans l’épiscopat, jamais je n’ai accusé publiquement l’Episcopat, ni un Evêque en particulier ; mais depuis quelques mois, les Evêques de France et vous-même avez pris à parti mon Œuvre et indirectement ma personne, me faisant passer pour un rebelle à l’autorité du Pape et du Concile, ce qui est entièrement faux.



Aucun Séminaire en France et en Suisse n’applique avec autant d’exactitude la « Ratio Fundamentalis » publiée par la S.C. pour l’Education Chrétienne. Elle représente ce que le Concile désire.



Tout ce qui a été fait pour la Fraternité : création, approbation des Statuts, est conforme au Droit Canonique. Et j’affirme que la Maison de Formation est explicitement contenue dans les Statuts approuvés, et loués par la S.C. pour le Clergé , et d’abord par S. E. Mgr Charrière. C’est même un des buts principaux de la Fraternité.



La seule chose qui apparemment donne l’impression de résistance à l’autorité est la question liturgique. Mais c’est un faux problème, car, d’une part le « Novus Ordo » ne peut que coexister avec la Messe définie pas St Pie V, et ne pourra jamais s’y substituer de droit. La Bulle de St Pie V est un acte disciplinaire lié à un dogme, de telle sorte qu’elle est garantie de l’infaillibilité, comme un acte de canonisation. Le Pape Paul VI peut certainement faire un nouveau rite. Il ne peut pas supprimer l’ancien. Et c’est bien la raison pour laquelle il a dit au Cardinal Auran ( ? illisible) : « Un décret ne supprime pas l’autre ».



La pression personnelle exercée par Mgr Bugnini et par les Episcopats pour la suppression de la Messe de S. Pie V est un abus d’autorité inadmissible.



D’autre part les autorisations de Messes de groupes permettent très légitimement de choisir cette Messe. Donner la plus complète liberté de créer les prières en dehors de l’Evangile et des Canons approuvés, mais interdire la prière ancienne, est une manifestation de sectarisme anti-traditionnel intolérable pour un catholique digne de ce nom. A ce point, la phobie de la Tradition, surtout lorsqu’il s’agit de la Sainte Messe, ne peut pas venir de l’Esprit Saint.



La liberté accordée doit donc faire place aux prières du choix de l’assemblée et des célébrants.



Or nous sommes bien un groupe selon les définitions agréées et publiées par la Conférence Episcopale suisse.



Ainsi, nous pensons que les immenses avantages de cette Liturgie qui crée l’unité, qui permet par le latin et le chant grégorien irremplaçable et irremplacé, qui est riche de pensées dogmatiques si utiles aux séminaristes, nous encouragent à la garder de préférence à la nouvelle, tout en demeurant dans l’obéissance et la soumission au Saint-Siège et au Pape.



Les tensions dont vous parlez dans votre ville, auxquelles je suis tout à fait étranger, bien qu’elles s’appuient parfois sur notre exemple, disparaîtraient si, comme en Allemagne, des autorisations de célébrer la Messe de S. Pie V étaient données dans certains lieux de culte et à des heures précises pour des prêtres et des fidèles qui les sollicitent. Ce serait là de la vraie pastorale.



Je suis prêt à revenir à l’Evêché, dès que possible, bien que ma déconvenue m’ait laissé quelque amertume, et que votre fausse accusation ne l’ait pas diminuée. Mais je ne puis venir qu’entre le 15 et le 20 mai. Je téléphonerai dès mon arrivée à Fribourg.



Veuillez agréer, cher Monseigneur, l’expression de mes sentiments très respectueux et cordialement dévoués en N.S. et N.D.



+ Marcel Lefebvre
• ◦ ◾

(photocopie de l’original, archives personnelles)




LE 6 MAI 1975 : MGR MAMIE SUPPRIME LA FRATERNITÉ SACERDOTALE SAINT PIE X





Lettre de Mgr Mamie à Mgr Lefebvre




Monseigneur,




Mgr François Charrière, mon prédécesseur, avait signé, le 1er novembre 1970, le décret d’érection de la Fraternité Sacerdotale internationale Saint-Pie-X, au titre de Pia Unio, avec siège à Fribourg, approuvant et confirmant les statuts de ladite Fraternité.




Après de longs mois de prières et de réflexions, après avoir tant souhaité maintenir entre nous une communion fraternelle, après vous avoir entendu et écrit plus d’une fois (pensez entre autres à notre dernière conversation, ouverte et loyale, où vous m’avez clairement dit que vous n’acceptiez pas certaines déclarations conciliaires ; je vous rappelais aussi alors votre refus en ce qui concerne la célébration de la sainte messe selon le rite établi par S.S. Paul VI ; je vous disais enfin que votre attitude et vos actes me posaient une grave question de conscience en ce qui regardait l’appui canonique de l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg à votre institut), j’en arrive à la conclusion douloureuse, mais qui me paraît nécessaire aujourd’hui :




Je vous informe donc que je retire les actes et les concessions effectués par mon prédécesseur en ce qui regarde la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X, particulièrement le décret d’érection du 1er novembre 1970.




Vous recevrez ces jours-ci ou vous avez déjà reçu une lettre du Saint-Siège, plus précisément de la Commission cardinalice ad hoc. C’est donc en plein accord avec le Saint-Siège, en particulier conformément à une réponse que j’ai reçue du cardinal Arturo Tabera, préfet de la S. Congrégation pour les Religieux et les Instituts séculiers, que je prends cette décision.



En date du 21 novembre 1974, vous avez publié et signé un texte qui commence par ces mots : « Nous adhérons de tout cœur, de toute notre âme à la Rome catholique… »




Cette déclaration a été pour moi la confirmation que je ne pouvais plus, en conscience, soutenir votre Fraternité.




Vous vous opposez si manifestement au IIe concile du Vatican et à la personne et aux actes du Successeur de Pierre, Sa Sainteté le Pape Paul VI, vous avez si souvent dit et écrit que vous aviez l’appui de l’évêque de Fribourg, que je ne puis plus admettre que l’autorité de l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg demeure le fondement canonique de vos institutions. J’ai conscience aussi que cette décision met en cause tout ce qui est prévu dans les statuts de la Fraternité Saint-Pie-X.




Cette décision est immédiatement effective et j’en informe, par le même courrier, les instances romaines compétentes (S. Congrégation pour les Religieux, S. Congrégation pour l’Éducation catholique et S. Congrégation pour le Clergé), ainsi que S. E. Mgr Ambrogio Marchioni, Nonce Apostolique en Suisse, et Mgr Nestor Adam, président de la Conférence des évêques suisses.




Quant à nous, nous continuons de demander aux fidèles comme aux prêtres catholiques d’accepter et d’appliquer toutes les orientations et décisions du IIe concile du Vatican, tous les enseignements de Jean XXIII et de Paul VI, toutes les directives des secrétariats institués par le Concile, y compris dans la liturgie nouvelle. Cela nous l’avons fait et nous le ferons encore, même aux jours les plus difficiles et avec la grâce de Dieu, parce que, pour nous, c’est là le seul chemin pour « édifier »l’Église.




C’est donc avec une grande tristesse, Monseigneur, que je vous assure de ma fidèle prière et de mes sentiments très fraternels, dans l’attachement au Christ Jésus, à son Église et à celui qui a reçu le pouvoir divin de confirmer ses frères, le Souverain Pontife, successeur de Pierre.




Les Evêques ont cherché à tout prix, durant toutes ces années, à obtenir l’excommunication de Mgr Lefebvre, et ils ne le cachaient pas, comme le montre cet épisode révélateur, ces déclarations de Mgr Mamie quatre plus tard en 1979 :





Le deuxième Dimanche de Carême de 1979, j’ai rencontré Mgr Mamie. Le Prélat, ami de Mgr Arrighi, Recteur de la Trinité des Monts, était venu à la Trinité des Monts pour y célébrer la Messe. Les séminaristes sortis d’Ecône et les séminaristes venus directement de France, et regroupés en une seule communauté, assuraient le service de l’autel et les chants chaque dimanche depuis 1974. De nombreux Prélats qui les appréciaient et leur apportaient leur soutien spirituel, par des conférences notamment, venaient volontiers célébrer la Sainte Messe à la Trinité des Monts : le Cardinal Philippe, le Cardinal Gantin, le Cardinal Martin, le Cardinal Pignedoli, Son Excellence Mgr Gagnon. Son Excellence Mgr Calmels, Abbé Général des Prémontrés etc.




A la fin de la Messe, Mgr Arrighi me demande de reconduire Mgr Mamie au Vatican, où il devait déjeuner avec l’aumônier de la Garde Suisse. Au cours du bref trajet, Mgr Mamie, me dit à brûle-pourpoint : « Je ne comprends pas pourquoi le Pape n’a pas encore excommunié Mgr Lefebvre : il a toutes les raisons pour le faire, et pour mettre un terme au refus de célébrer le Nouvel Ordo promulgué par Paul VI ! Il ne peut tolérer une telle désobéissance. C’est un mauvais exemple pour l’Eglise ! Mgr Lefebvre introduit la division dans l’Eglise ! Qu’en pensez-vous ? ».




Je répondis simplement : « Excellence, permettez-moi de ne pas répondre ! Car je devrais parler de faits qui concernent directement vos rapports précédents avec Mgr Lefebvre ». Et je le déposai au Vatican.





Mais le problème de l’excommunication se posait aussi à Rome, car certain hauts Prélats français notamment, poussaient le Saint-Père dans cette voie [A suivre].

Mgr Jacques MASSON
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ChristianK



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MessageSujet: Re: Abbé Masson: Quand le séminaire FSSPX était légal (70-74)   Abbé Masson: Quand le séminaire FSSPX était légal (70-74) EmptyMer 12 Juin - 22:21

ECÔNE EN CRISE






J’ai signalé ci-dessus le changement de mentalité chez nombre de séminaristes entrés à Ecône à la fin du mois de septembre 1972, avec des séminaristes plus âgés, plus durs, intransigeants, catégoriques, sédévacantistes, « intégristes »dirais-je pour parler clairement, extrêmistes. Les indiscrétions faites volontairement par certains professeurs, sur mon opposition à Mgr Lefebvre à propos du « JAMAIS … OU ALORS », avaient causé un émoi profond dans la communauté. Mgr Lefebvre partant sans cesse en tournées, je dus affronter une situation nouvelle : un séminaire divisé en deux tendances à peu près égales. Il y avait un très grand risque d’éclatement. Les conciliabules se multipliaient, des petits groupes se formaient, en présence souvent de l’Abbé Gottlieb et du Chanoine Berthod. La lutte pour le pouvoir était ouverte.




Mes interventions à propos de la formation aux arts martiaux et aux chants « révolutionnaires » royalistes ou fascistes, donnèrent l’occasion aux « durs » de me présenter  comme un élément progressiste, hérétique. Fin décembre 1972 M. Sanfratello, déclarait déjà aux Abbés Jacques Seuillot et Bernard Lucien : « Il faut avertir Monseigneur que les cours de l’Abbé Masson sont hérétiques ». Dès la rentré de janvier 1973, les cours d’Ecriture Sainte sont très tendus. M. Agostino Sanfratello et les Abbés Jacques Seuillot et Bernard Lucien, auxquels s’adjoint l'Abbé Philippe Le Pivain, font parvenir une note à Mgr Lefebvre lui disant que ces cours sont contraires aux déclarations de la Commission Biblique. Le 19 janvier, à la fin du cours, l'Abbé Philippe Le Pivain m’interpelle à propos de l’Evangile de saint Mathieu : « Votre cours sur saint Mathieu est en contradiction avec les décrets de la Commission Biblique ».





La « chasse aux sorcières  » avait commencé. D’autant plus que j’avais osé refuser la célébration d’une Messe à l’occasion de la mort de Louis XVI le 21 janvier ! (1) Une Messe sera toutefois célébrée, à mon insu, par le Chanoine Berthod.




Le Marquis de la Franquerie, ami de Mgr Lefebvre et de l’Abbé Gottlieb, bien connu pour sa campagne en faveur du retour à la Monarchie, et pour ses « études » généalogiques faisant descendre nos trois lignées de Rois à David en personne, en ligne masculine ; bien connu aussi pour les recherches qu’il fit faire par des hommes-grenouilles dans la Seine, à Rouen, pour retrouver le cœur de Jeanne d’Arc [il m’a raconté lui-même à Ecône, que lesdits hommes-grenouilles avaient découvert le cœur, qui battait toujours, mais s’éloignait dès qu’on voulait le saisir…], le Marquis de la Franquerie, donc avait écrit lui aussi à Mgr Lefebvre à mon sujet : « Je viens d’apprendre qu’une attaque de grand style est lancée… pour détruire votre séminaire. Ce qui me paraît plus grave, c’est l’attaque par l’intérieur. J’ai su en effet que l’abbé Masson conservait des relations suivies avec son Evêque d’origine, Monseigneur Ménager, qui était loin d’avoir notre confiance à Versailles… En conscience, je dois vous dire que ce prêtre ne m’a jamais inspiré confiance et m’a toujours paru superficiel, le ver dans le fruit » (photocopie de l’original, archives personnelles).





Dès son retour d’un assez long voyage consacré à des conférences et à des Confirmation, Mgr Lefebvre fut assiégé littéralement par une meute de séminaristes voulant sauver le séminaire du "danger progressiste" qui le menaçait. Devant l’impossibilité de pouvoir avoir immédiatement un entretien substantiel avec lui, je rédigeai, le 25 janvier, un rapport détaillé de 6 pages, présentant la situation « actuelle » du séminaire, avec tous les problèmes graves qui venaient de surgir, et je terminai en demandant le départ, motivé, de la moitié des séminaristes, les trublions qui s’adonnaient au karaté, aux chants royalistes, et se préparaient à convertir la France avec la Messe de Saint Pie V.




L’entretien dura longtemps. Mgr Lefebvre écoutait avec attention. Je lui dis que le choix dépendait de lui : ou bien il choisissait de « tailler dans le vif » en écartant tous les éléments qui pourraient conduire à un durcissement fatal, ou bien le séminaire courait le risque d’éclater, voire de disparaître. Personnellement, je ne me sentais plus en mesure de diriger un séminaire où les séminaristes ne se conformeraient pas entièrement et sur tous les points à toutes les orientations prises au début par le Fondateur lui-même.




Il y eut un long silence. Mgr Lefebvre réfléchissait ; mais je n’avais aucun doute sur son choix. Entre la tendance modératrice que j’incarnais, et qui était celle de nombre de séminaristes, et la tendance dure, je savais qu’il choisirait la tendance dure, car « la nature a peur du vide ». Mgr Lefebvre savait qu’il pouvait compter sur ce facteur humain important :la peur de quitter une chose bien établie, même si elle s’écarte des sentiers, pour s’en aller à l’aventure, vers l’incertitude, même si cela devait aboutir à la consécration d’Evêques.





Ma collaboration avec Mgr Lefebvre en qualité de Directeur était devenue impossible, c’était une évidence : nous n’étions plus sur la même longueur d’onde. Le Prélat ne pouvait avoir oublié ma réaction vive lors du Conseil des professeurs au mois de novembre 1972.




Mgr Lefebvre me demanda donc tout simplement de renoncer à la charge de Directeur, et de bien vouloir assurer, signe de toute la confiance qu’il avait en moi, me dit-il, tout son propre secrétariat, y compris les courriers privés. Le changement se ferait le 2 février suivant : M. le Chanoine Berthod me succèderait comme Directeur.




J’aurais pu quitter Monseigneur Lefebvre dès ce moment. Mais, Mgr Adam, Evêque du lieu, me conseilla de rester encore, « tant que vous jugerez que vous pouvez avoir quelque influence pour un éventuel redressement de la situation, et surtout pour aider les séminaristes qui se sont confiés à vous, et qui, si vous partiez, se trouveraient désemparés… avec tous les risques que cela comporterait pour eux ».

(à suivre)

Mgr Jacques MASSON

_______________
(1) Ce point ayant ému quelques lecteurs, il me paraît nécessaire d'apporter les réponses suivantes. Plusieurs séminaristes étaient venu de demander de célébrer une messede communauté pour Louis XVI. J'en ai pris note et, comme c'est la règle en la matière, j'ai demandé l'avis du Conseil des professeurs, en exposant le "pour" et le "contre". De soi, il n'y avait évidemment aucun "mal" à célèbrer une messe à cette intention. Mais nous étions dans un séminaire, et international de surcroît. Etait-ce opportun ?

Le Conseil des professeurs a effectivement fait observer que nous étions dans un séminaire et dans un séminaireinternational, avec des séminaristes américains, anglais, allemands et italiens et que même parmi les séminaristes français tous n'avaient pas les mêmes orientations politiques. Le plus opposé était le Chanoine Berthod, des Chanoines du Saint-Bernard, professeur au séminaire, qui, en tant que suisse, a-t-il souligné, a insisté sur le fait qu'il n'y avait aucune raison de mêler un séminaire international à l'histoire de France. Le Conseil a ainsi donné un avis UNANIME, qui n'était donc pas seulememnt le mien, pour éviter tout malentendu, toute confusion et toute polémique éventuelle entre les séminaristes.

Il m'appartenait, comme Directeur, de décider. Ce que j'ai fait, en assumant mes responsabilités, notamment auprès des séminaristes qui m'avaient présenté cette demande, et auxquels j'ai exposé les raisons du refus opposé. Le comble est que c'est le Chanoine Berthod, suisse, qui s'était pourtant le plus opposé à cette messe, qui l'a finalement célébrée, poussé par l'Abbé Gottlieb. Mais, comme je l'ai expliqué, le séminaire était en crise. La "guerre de succession" s'ouvrait et toutes les occasions étaient bonnes pour essayer de destabiliser le Directeur, devenu le "progressiste" qu'il fallait abattre et sur lesquel il était devenu stratégiquement utile de faire peser toutes les "fautes" et les "responsabilités" que l'on pouvait trouver

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Commentaire de Christian: détail intéressant: comme dans la génération défroquée il y eu aussi des extrémistes là-bas, par exemple en politique, et ce n'était pas le meilleur signe, même si une lliberté politique peut exister (les maurrassiens étaient libres comme il se doit; mais les limites de la discrétion étaient franchies il semble)
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ChristianK



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MessageSujet: Re: Abbé Masson: Quand le séminaire FSSPX était légal (70-74)   Abbé Masson: Quand le séminaire FSSPX était légal (70-74) EmptyMer 12 Juin - 22:24

LA DIFFICILE ANNÉE 1972


Les délibérations du Conseil des professeurs, et les paroles de Mgr Lefebvre auraient dû rester strictement confidentielles, dans le cadre des professeurs. Mais des indiscrétions filtrèrent, notamment par M. l’Abbé Gottlieb.




Mon intervention aux déclarations de Mgr Lefebvre fut vite connue, et tomba dans les oreilles complaisantes de ceux qui étaient « pour la ligne dure », « pour la lutte à outrance » contre l’Eglise de France supposée hérétique, et dont certains se voyaient déjà les futurs Evêques restaurateurs de « l’Eglise de toujours » en France. Plusieurs avaient déjà (!) le Rituel de Consécration des Evêques.




La rentrée nombreuse du début d’octobre 1972 avait en effet apporté un changement très important dans l’état d’esprit serein et équilibré des deux premières années, avec notamment l’arrivée d’éléments plus âgés, durs, rigides, intransigeants. Il y avait un ancien militaire de carrière, Bernard Waltz, âgé de 43 ans, Jean-Claude Poulet, Jacques Seuillot, Donald Sanborn, Edward Black, un anglais venu avec les cheveux tombant sur les épaules. Mgr Lefebvre, ne voulant pas le faire, m’avait chargé, après plusieurs semaines, de lui demander de se les faire couper. « Jamais je ne vous pardonnerai ce que vous m’avez fait faire, j’ai fait un péché mortel contre la charité à cause de vous : c’est une atteinte à ma personne ! » Et d’autres encore, dont j’ai oublié les noms mais pas les visages.





Il y avait aussi deux Allemands à propos desquels Mgr Lefebvre m’avait écrit le 12 mars 1972 : « Hier j’ai eu un entretien avec nos amis allemands que guidait le Professeur Lauth. Ils semblent en excellentes dispositions. Mais je leur ai demandé de venir à Ecône ». Il s’agissait de Franz Schmidberger, alors âgé de 25 ans, que Mgr Lefebvre avait déjà noté au nombre des inscrits, et de Klaus Wodsack, docteur en philosophie, âgé de 33 ans. Je les ai reçus longuement dans mon bureau, pour « faire le tri » ainsi qu'il m'appartenait de le faire pour chacun des candidats. J’entendis de leur part un long discours sur la « vacance du Siège Pontifical depuis Jean XXIII » ! Ils étaient en réalité tous deux sédévacantistes. Je dis à Mgr Lefebvre qu’il ne pouvait les accepter. Il me répondit : « Ils auront le temps de changer d’avis ».





Il y avait encore Richard Williamson, un Anglais, l'exemple typique de candidat qu'il me paraissait falloir écarter d’un séminaire, en raison de son manque d’équilibre. J’ai conservé les copies des interrogations écrites que je faisais alorsrégulièrement. C’était un moyen révélateur de l’état d’esprit et de l’état des connaissances de chaque sujet. Celui qui allait devenir Mgr Williamson et se faire mondialement connaître récemment, était un inconditionnel des « apparitions » de San Damiano, de Mamma Rosa. Il se rendait fréquemment en Italie et rapportait des jerrycans d’eau de San Damiano, pour les emmener en Angleterre aux vacances de Noël, afin d’assurer la protection de sa famille et de ses amis pendant les« événements à venir pour châtier le monde et l’Eglise hérétique ».





Il y avait enfin un Italien, M. Agostino Sanfratello, ami de Mgr Lefebvre, fondateur du mouvement « néo-fasciste » des « bonnets rouges » dont Mgr Lefebvre admirait la piété, la générosité et le courage, disait-il. Dès le premier contact, je ressentis un adversaire, un « dur », un meneur ; cela se voyait à son regard, à la force de ses affirmations. C’était, à n’en point douter, un homme qui avait reçu une formation certaine pour mener les gens.





Je découvris, au bout de quelques semaines, vers la fin de l’année, après les déclarations de Mgr Lefebvre et ma prise position contraire, que cet Agostino Sanfratello avait organisé, avec les encouragements de l’Abbé Gottlieb, des cours de « close combat », de karaté, pour apprendre aux séminaristes futurs prêtres à savoir se battre. Toujours avec l’aide et l’appui de l’Abbé Gottlieb, il faisait apprendre à nombre de séminaristes différents chants « révolutionnaires » (1) européens de droite. Le 1er novembre 1972, jour de la prise de soutane des nouveaux séminaristes, j’ai dû mettre fin avec autorité à un « concert de chants révolutionnaires », sur la vaste terrasse du séminaire, où s’étaient rassemblés nombre de séminaristes, et tous les amis « bonnets rouges italiens » d’Agostino, venus à cette occasion. Scandale ! J’avais osé ! - oui, sans l’ombre d’une hésitation.





De la sorte, je ne me faisais certes pas des amis. Et les indiscrétions sur la réponse que j’avais osé faire à Mgr Lefebvre ne firent qu’augmenter la tension, le durcissement que l’arrivée de ces nouveaux avait brusquement provoqué. Ce fut la « chasse aux sorcières ». Je fus même traité« d’hérétique, de progressiste » lors d’un de mes cours d’Introduction à la Bible, comme on le verra ci-dessous.





La situation se dégradait rapidement avec un durcissement qui ne laissait rien présager de bon pour l’avenir de la Fraternité. J’avais dit à Mgr Lefebvre que tous les « rossignols de la chrétienté » voudraient entrer au séminaire. Beaucoup y étaient en effet entrés. Il était de mon devoir de Directeur, les connaissant mieux que Mgr Lefebvre, souvent en tournée en France et dans le monde, de le tenir au courant. Je dressai alors une liste des personnes qu’il fallait ABSOLUMENT CONGEDIER pour l’avenir du séminaire et de la Fraternité : je lui demandai le départ de 50% des séminaristes. Pas sérieux, s’abstenir ! Les ambitions épiscopales de certains, les déclarations pompeuses : « quand nous rentrerons en France, nous convertirons les gens avec la Messe de Saint Pie V », les franges et les dentelles n'étaient pas des signes d’humilité, mais manifestaient, à mon avis, un manque d’équilibre, une notion erronée du Sacerdoce, l’ambition, et pas la recherche de la sainteté, de l’humilité requises pour être un prêtre de Jésus-Christ. D’autant plus que ceux qui semblaient les plus durs étaient aussi ceux qui manquaient le plus volontiers au règlement de vie du séminaire.





Avoir mon opposition à Mgr Lefebvre, qui ne rejetait pas la possibilité de consacrer des Evêques si les « choses devaient changer », une procession s’établit : pour aller se plaindre de la gestion du Directeur auprès de Mgr Lefebvre. Qu’allait faire le Prélat qui m'avait donné jusque-là toute sa confiance ?





Nous touchons là un point précédemment évoqué, dans l'article antérieur, du tempérament de Mgr Lefebvre, et qui, bien que peu connu ou passé sous silence, éclaire beaucoup de choses : SA TENDANCE A SE LAISSER CONDUIRE VERS UN DURCISSEMENT VERS LEQUEL IL N’IRAIT PAS DE LUI-MÊME.




De fait, c'est le durcissement qui l'a emporté et qui, en quelque manière, ne pouvait pas ne pas l'emporter au regard de l'ensemble de ces circonstances.


(à suivre)

Mgr J. Masson

_______________

(1) L'expérience montrant, selon des remarques qui m'ont été adressées, que le langage ne suffit pas toujours à se faire entendre, il me faut préciser que le mot "révolutionnaires" est bien mis ici entre guillemets et que ce n'est pas un hasard. Cela signifie, dans le langage commun, que c'est une citation. Le mot "révolutionnaires" n'est pas de moi. Il était utilisé par Agostino Sanfratello, l'Abbé Gottlieb et leurs amis pour parler des chants en question. C'était leur langage. Ils parlaient de "chants révolutionnaires royalistes européens". C'est ainsi, et c'est la vérité. Je ne peux pas dire les choses autrement, à seul dessein de faire plaisir aux personnes que cela dérangerait.
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ChristianK



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MessageSujet: Re: Abbé Masson: Quand le séminaire FSSPX était légal (70-74)   Abbé Masson: Quand le séminaire FSSPX était légal (70-74) EmptyMer 12 Juin - 22:26

UN TRAIT DU CARACTERE DE MONSEIGNEUR LEFEBVRE







Le séminaire d’Ecône avait commencé au mois d’octobre 1970. Lors de la première Messe célébrée par Mgr Lefebvre, nous eûmes une grande surprise, désagréable, inattendue de sa part ! Le Prélat célébrait bien sûr la Messe de Saint Pie V, mais selon la réforme de 1967, c’est-à-dire dans sa forme la plus simplifiée, avec suppression de multiples signes de croix et génuflexions, avec l’Elévation de l’Hostie et du Calice sans la génuflexion préalable, la récitation unique du « Domine non sum dignus » avant la Communion, célébrants et fidèles ensemble etc. Je ne comprenais pas, pas plus que mes confrères ni les séminaristes, qu’il ne célébrât pas selon l’Ordo de 1965 au moins. Et je lui citai après la Messe, la boutade du Père Abbé de Fontgombault : « On commence par enlever la barrette et l’on se retrouve marié ».





C’est ainsi que je m’employais, avec respect, délicatesse, mais persévérance et fermeté à obtenir de Mgr Lefebvre qu’il célébrât la Messe de Saint Pie V à laquelle il tenait tant. Je servais de prêtre assistant à l’autel, et je luis « soufflais » ce qu’il fallait faire ; je l’entraînais à faire la génuflexion qui avait été supprimée, en prenant son coude et en le tirant vers le bas. Et ainsi, grâce à moi, ou à cause de moi, la Messe de Saint Pie V fut enfin célébrée à Ecône, à la grande satisfaction de mes confrères, des séminaristes, et des fidèles qui y assistaient, dont M. et Mme de Saventhem, qui venaient chaque matin de Montreux (à 60 km d’Ecône) pour assister à la Messe tridentine.




Je fus bien sûr satisfait de voir que le Prélat avait repris sans difficulté l’Ordo de Saint Pie V. Mais j’en ressentis une certaine surprise, un certain étonnement devant la facilité avec laquelle le « doux entêté » s’était laissé faire « une douce violence ». Je pense que c’est la seule fois ou presque, où je parvins à le faire changer d’idée. Non pas qu’il n’ait jamais changé d’orientation. Mais je remarquai bien vite chez lui une propension à se laisser porter bien volontiers vers une ligne plus dure que, seul, il n’aurait pas osé prendre, soucieux des réactions de son entourage.




M. de Saventhem (alors Président International « d’Una Voce International ») et sa femme, ancienne protestante convertie au catholicisme, avec qui je liais rapidement une amitié profonde qui a duré jusqu’à leur fin terrestre, me déclarèrent un jour : « Monseigneur Lefebvre (personne ne prononçait jamais son nom, Lefebvre ; il était devenu LE Monseigneur par excellence, si je puis me permettre ce jeu de mot !) est un homme qui penche toujours vers la tendance la plus dure. Nous le connaissons depuis des années, nous l’apprécions, et il nous estime. De lui-même, il ne s’y engagera pas. Mais s’il sent derrière lui un courant qui l’appuie, ou plutôt qui le pousse, alors il se laissera faire, en déclarant que ce n’est pas lui qui l’a voulu, mais qu’il a été poussé par les circonstances. Une manière de s’excuser en quelque sorte, ou de justifier sa position ».





Et de fait, pour expliquer la fondation de la Fraternité et du séminaire, Mgr Lefebvre déclarait toujours : « Ce n’est pas moi qui ai voulu fonder un séminaire ! Ce sont tous ces jeunes qui m’y ont contraint en s’adressant à moi, pour devenir de bons prêtres. Pouvais-je me dérober ? ». Et de même, pour justifier ses tournées de conférences dès le mois de novembre 1972,et les tournées de confirmation dans les diocèses sans informer l’Ordinaire, il invoquera le désir et le désarroi, (réels il faut le dire) des fidèles : « On ne donne plus la Bonne Parole aux fidèles dans les sermons ; les cérémonies de Confirmation sont faites en dépit du bon sens, parfois avec des rites fantaisistes (ce qui était vrai !). Alors, les gens me supplient de venir leur parler du Bon Dieu, de leur donner les ‘Sacrements de toujours’ ! En conscience, je ne puis le leur refuser. Je suis Pasteur, et la Providence me montre en eux le chemin à suivre ».





Il est important, il est capital de bien tenir compte de ce fait et de cette manière d’agir, lorsque l’on traite avec Mgr Lefebvre. Il ne faut jamais oublier cette tendance enracinée en lui, qui le laisse se porter vers la solution la plus radicale, ET JAMAIS LE CONTRAIRE. C’est ce que j’ai compris, ce soir de novembre 1972 lors de la réunion du Conseil des professeurs. J’AVAIS COMPRIS QUE MGR LEFEBVRE, UN JOUR OU L’AUTRE, CONSACRERAIT DES EVEQUES, SOUS LA PRESSION DES PRETRES ET DES SEMINARISTES, SOUS LA PRESSION DES FIDELES.





J’avais compris qu’il était inutile de se leurrer sur une éventuelle hésitation de sa part, dans la crainte qu’une partie de ses « fidèles » se détache de lui. S’il décidait un jour de consacrer des Evêques, pensais-je, rien ne saurait l’en faire changer, pas même un éclatement chez ses fidèles.




Il n’hésiterait pas, même devant le départ de séminaristes de son séminaire et de la Fraternité Saint Pie X ! En effet, les remarques précédentes valent même pour les séminaristes qui ne partagent pas toutes les orientations de Mgr Lefebvre, y compris les plus dures, et qui se trouvent déjà à Ecône. Ils ont déjà fait un choix : le refus catégorique des séminaires diocésains, et donc de l’orientation pastorale imposée par les Evêques dans les diocèses. Pour la plupart, la question du schisme ne se pose pas, ou plutôt, en allant à Ecône, ils ne veulent pas devenir schismatiques. Ce qu’ils recherchent, c’est une formation normale, une belle liturgie. A Ecône, ils trouvent de plus une Fraternité qui leur donne l’assurance d’un ministère futur dans des conditions normales. Ils ont donc coupé définitivement avec le « système » des Evêques et de leurs séminaires, et ils n’entendent y retourner à aucun prix. Que tout n’aille pas comme ils désirent, à Ecône, qu’il y ait des tensions, des menaces d’ordinations épiscopales, certes, cela pourrait en troubler quelques-uns. Mais « Monseigneur est là pour les rassurer en s’appuyant sur les expériences du passé », et grâce aussi à son « talent oratoire ».





Comment envisager sérieusement, et Mgr Lefebvre était fort conscient de ce fait, que des séminaristes pourraient le quitter s’ils n’avaient pas l’assurance FORMELLE qu’ils trouveraient au moins ce qu’ils trouvaient à Ecône : liturgie, formation, climat de confiance, de piété, avenir assuré sans être obligés de tomber pieds et poings liés dans les mains des Evêques de leurs pays respectifs ? Entrer à Ecône supposait un choix bien précis et très courageux. En sortir, supposerait un choix plus difficile encore, en raison des incertitudes qui pèseraient sur leur avenir sacerdotal.




C’est à tout cela que je pensais, ce soir-là, avec tristesse, après les paroles de Mgr Lefebvre : JAMAIS… OU ALORS… (à suivre)

Mgr J. MASSON


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Commentaire de Christian: il aurait donc été exact qu'il y eu durcissement, et pas seulement réaction à la crise de la génération défroquée.
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