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 Livres pertinents - pathologies des religieux au Québec

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ChristianK
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Religion : catholique
Date d'inscription : 16/07/2007

MessageSujet: Livres pertinents - pathologies des religieux au Québec   Jeu 23 Aoû - 19:19

Quelques livres sur les religieux.

-Micheline d'Allaire, 20 ans de crise chez les religieuses du Québec 60-80.

L'A. connait bien les religieuses, qui l'ont formée et chez qui elle a enseigné avant son professorat d'histoire à l'U. d'ottawa. Ses commentaires dans son livre sont sans valeur et sans intérêt, mais elle cite abondamment beaucoup de religieuses interviewées, qui ont traversé le désastre postconciliaire. C'est d'un très haut intérêt parce ce que ces tragédies furent très feutrées vues de l'extérieur. A l'intérieur ce fut épouvantable, on le devine.


-Yolande Chéné, l'affaire Bradet, 1965

Un livre sur le scandale - et pour le scandale - de la revue Maintenant, ex revue dominicaine.


-Les nos des revues Maintenant et Relations, 1965-1973.

Une mine de renseignements, avec les noms, les signatures, tout. Tout ce qu'écrivaient les futurs défroqués des ans 60 (en les 60s et aussi à retardement) (400 défroquages sur 800 chez les sj.)


-Paul André Turcotte csv, Sécularisation, structure de plausibilité et aggiorniamento d'un ordre religieux...les clercs de st Viateur, 1979
L'éclatement d'un monde, les csv et la révolution tranquille, 1981

Un sociologue. Encore une fois, des interprétations sans grande valeur mais une mine de faits: les pathologies étaient là bel et bien avant le concile, vers la fin des ans 50. C'est très clair.


Martin Blais, le risque d'être soi-même 2003 (trouvable dans les biblios nationales et sans doute à l'U Laval)

Une autobiographie de ce qu'il me faut bien appeler un défroqué des ans 60 (1965), malgré mon estime pour lui et sa solidité philosophique (sauf quand il a eu la sottise d'écrire que le stoicisme était une philosophie "de droite" - une bouffée de délire). On apprend beaucoup de choses sur les frères maristes 1960-1965, la chute de la discipline, surtout en relation avec la publication des insolences du Fr Untel, un mariste. Cela a été le déclencheur du défroquage de Blais (pas de surprise qu'il nous présente ensuite un St Thomas à la sauce libérale, alors que St Thomas était explicitement pour l'Inquisition, la peine de mort etc.).
Le livre a le grand mérite de publier des détails inconnus sur toute cette affaire (le card. Léger qui protège JP Desbiens etc.), surtout internes à la communauté - il faut aussi lire les insolences du Fr Untel et Sous le soleil de la pitié de JP Desbiens, pour qui j'ai beaucoup d'estime, mais qui eut un rôle majeur dans la décadence des fr. maristes et leur mort, et qui, très ironiquement, se lamentait d'être un des rares non défroqués de son ordre au Québec, et que ca lui faisait de la peine!! une vraie tragédie grecque.
Martin Blais a essentiellement quitté par refus d'obéissance aux décisions venues de son supérieur général, qu'il blâmait d'obéir à la curie qui recevait des plaintes sur Desbiens et son livre. Air connu. Grand moteur de décomposition et de décadence.

Le livre très intéressant (merci à lui) de Martin Blais est en ligne, en une édition bonifiée:
http://classiques.uqac.ca/contempora..._soi_meme.html
Depuis la mort de JP Desbiens, l'A. a ajouté des pages (autopsie d'une amitié) sur son ex-ami, après une brouille assez tardive dans laquelle les mémoires de Blais semblent ètre pour quelque chose. Desbiens y voyait de la hargne ou du ressentiment. Je l'ai aussi senti. Disons que Blais cherche à se justifier, se défendre, peut-être un peu trop
et qu'on y sent ce qu'en communauté on appelait traditionnellement le mauvais esprit.
IL consacre 25 pages très intéressantes au 2 pages que Desbiens a écrite sur lui. Je sens que Desbiens a touché une corde, même s'il a sans doute rédigé un peu vite. Dernière escale, p. 15: "J'espère vraiment...que ses mémoires l'auront enfin libéré" [Blais]. Non, il n'est pas pleinement libéré, et on sent bien, malgré des injustices dont il a pu être victime, qu'il n'était probablement pas innocent en tout (selon moi, sa facon de réagir le prouve, i.e. le livre lui-même!) - surtout quand on pense à ce que représentait le contexte des INsolences du F. Untel, auxquelles Blais a participé.

Le ton des mémoires indique qu'il ne fut absolument pas surprenant qu'il ait eu des problèmes de discipline... surtout en 60-65...
Il répète sans se lasser que des supérieurs religieux peuvent commettre des injustices et tente constamment de réinterpréter la notion d'obéissance (dans les ans 60...) dans cette ligne. Extrèmement suspect... On savait depuis longtemps dans les ordres que des supérieurs pouvaient être injustes mais il y avait des procédures pour cela et on ne peut sans cesse clamer (surtout dans les ans 60, quand la discipline des religieux chutait) qu'il faut écouter quelqu'un avant de le condamner - un ordre religieux ne peut fonctionner avec des tribunaux internes et des avocats partout, il y a quelques appels jusqu'au supérieur général et c'est tout. Il faut finir par obéir même à un ordre apparemment injuste pour le sujet s'il n'implique pas ckairement péché. Je me demande même si toute la théorie de la conscience morale de Blais en philosophie n'est pas elle-même gauchie par ses mésaventures...

Cela dit, Martin Blais mérite des remerciements pour ce livre intéressant et utile.


Dernière édition par ChristianK le Mer 16 Mar - 19:03, édité 3 fois
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ChristianK
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MessageSujet: Re: Livres pertinents - pathologies des religieux au Québec   Lun 4 Fév - 0:50

La question des pathologies des "vieilles communautés" religieuses (ne surtout pas confondre avec les tradis, qui sont des communautés nouvelles) est très complexe. Voici une entrevue du psy Yves St Arnaud qui fut jésuite non-ptre, et qui montre le rôle des sciences humaines dans une certaine phase de leur développement (et gageons que ces mêmes sciences pourraient bien re-remplir certains noviciats un jour, dans une autre phase de leur développement...):


http://www.rqpsy.qc.ca/rencontre/arnaud.htm

P.M. Mais, dans ces années-là beaucoup de prêtres ont quitté l’état religieux?

Y.S.A. La dynamique des groupes a été un des catalyseurs qui ont déclenché ces revirements chez les religieuses autant que chez les religieux. D’ailleurs, Bernard Mailhot, qui était dominicain, a souvent été confronté par les évêques. On lui reprochait de « faire défroquer les religieux et divorcer les gens ». Le renouveau des années 60 a marqué la fin d’une époque : l’Église, globalement, et les communautés, en particulier, perdaient leur emprise, tout comme Duplessis.

P.M. Je crois que même Mailhot a défroqué.

Y.S.A. Il n’en a pas eu le temps. Il a défroqué sans défroquer, tout en défroquant comme on dit. Il est mort dans un accident d’avion. Il venait de se marier, en dehors de l’Église, bien sûr, et en cachette. Il était en voyage de noces, tout en étant encore dominicain. J’aurais bien aimé qu’il revienne, juste pour voir l’effet de son geste. Cela aurait causé un scandale extraordinaire. Je ne sais pas quelles étaient ses intentions ni comment il voulait procéder; personne ne l’a jamais su.

P.M. Pas même son supérieur?

Y.S.A. Même pas. Il s’est marié avec une ancienne religieuse en plus! Les Dominicains ont bien géré la situation : ils ont réussi à ne pas le blâmer, à accepter la situation.

P.M. Parce qu’à ce moment-là, la dynamique de groupe a touché beaucoup de monde.

Y.S.A. Effectivement, elle aurait touché le monde des syndicats (on avait des chefs syndicaux à nos sessions, des gestionnaires), des éducateurs, des fonctionnaires et bien sûr des religieux. Plusieurs de ces derniers portaient encore le costume, au moins au début d’une session de groupe car à la fin, certains ne le portaient plus. La dynamique de groupe a été vraiment un des éléments clés de la Révolution tranquille au Québec. Elle a été un foyer de réflexion et d’éclatement des valeurs traditionnelles : elle a suscité une prise de distance par rapport à l’autorité, une remise en question du magistère de l’Église, tout cela.

P.M. Est-ce que cela se faisait de façon démocratique?

Y.S.A. Oui. Les Dominicains étaient très audacieux également. Quand on regarde les événements après coup, les Jésuites et les Dominicains ont été parmi les ordres qui se sont fait hara-kiri. Un autre exemple : quand je suis revenu compléter une année de théologie après mes études en psychologie, je me suis retrouvé avec des gens de plusieurs disciplines. J’avais un doctorat en psychologie, un autre collègue avait un doctorat en histoire, un participant arrivait des Etats-Unis où il avait complété un doctorat en sociologie, un autre revenait d’un kibboutz de Jérusalem avec un doctorat obtenu auprès de rabbins juifs et le cinquième était docteur en philosophie. Notre professeur, un théologien à l’esprit très ouvert, nous encadrait et animait nos échanges qui étaient extrêmement stimulants. Toutefois, cette diversité de formations compliquait la tâche des professeurs.

P.M. Merci. J’ai eu beaucoup de plaisir à t’interviewer et à entendre raconter tous ces souvenirs-là. J’espère bien que l’entrevue sera aussi intéressante pour les lecteurs!

Propos recueillis le 22 octobre 2002
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ChristianK
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MessageSujet: Re: Livres pertinents - pathologies des religieux au Québec   Mar 21 Déc - 22:27

Voici des commentaires sur une lecture complète du livre de Martin Blais, un document décidément précieux pour l'analyse des communautés et des religieux décadents, ou décadents-défroqués. Car Desbiens est devenu par la suite supérieur provincial à Chicoutimi ce qui laisse penser que la ligne Blais-Desbiens s'est installée dans la communauté, provoquant sa décadence et sa mort.

L'essentiel tourna autour de l'obéissance religieuse comme on le voit. Ce cas n'est pas unique. Certains membres de l'Opus Dei ayant été expulsés dans les années 60 écrivirent des livres qui ressemblent beaucoup à celui de Blais (ils furent expulsés pour "murmures" contre l'autorité, comme dit St Benoit).

Je traiterai séparément l'apparente incompatibilité (qui semble soutenue par l'A.) entre l'obéissance ignatienne (aveugle) et la doctrine de la conscience de St Thomas. On a nettement l'impression que l'A. utilise St Thomas plutôt qu'il ne l'étudie. Il sollicite les textes.

---------------------------



Martin Blais, Le Risque d'être soi-même, 2006.

http://classiques.uqac.ca/contemporains/blais_martin/risque_etre_soi_meme_memoires/risque_etre_soi_memoires_RBF.pdf



56 (autorité, obéissance, ses cibles de prédilection"
57 (grossière erreur: "l'inférieur ne peut se tromper en obéissant") (//Nuremberg) (vs "l'inférieur n'a qu'à obéir")
58 (tout ce qu'on nous enseignait la dessus était faux ou incomplet

--Ah oui? Faudrait voir. On enseignait certainement pas qu'il faillait obéir à un ordre clairement peccamineux. Ca ressemble a un straw man argument.

63 (prédication des fins dernières: si on ose objecter que Dieu est amour, réponse toute prête: il est tout autant justice;
(n'aime pas du tout l'idée du petit nombre des élus

--Lien entre la relizion cucu et la génération défroquée.
Sur le petit nombre des élus il oublie pour une fois une citation de St Thomas, Somme, I, 23 art 7 ad 3:
"3. Le bien proportionné à la condition commune de la nature se réalise le plus souvent, et ne fait défaut que rarement. Mais le bien qui excède l'état commun des choses se trouve réalisé seulement par un petit nombre, et l'absence de ce bien est fréquente. Ainsi voiton que la plupart des hommes sont doués d'un savoir suffisant pour la conduite de leur vie, et que ceux qu'on appelle idiots ou insensés parce qu'ils manquent de connaissance sont très peu nombreux. Mais bien rares, parmi les humains, sont ceux qui parviennent à une science profonde des choses intelligibles. Donc, puisque la béatitude éternelle, qui consiste dans la vision de Dieu, excède le niveau commun de la nature, surtout parce que cette nature a été privée de la grâce par la corruption du péché originel, il y a peu d'hommes sauvés. Et en cela même apparaît souverainement la miséricorde de Dieu, qui élève certains êtres à un salut que manque le plus grand nombre, selon le cours et la pente commune de la nature. "

76 (assistant-général de l'ordre sur un de ses textes: "C'est péché mortel ce que vous dites là" - Je ricanai (âge: 21 ans)

--ricaner à 21 ans? Est-il bien à sa place dans les ordres?…

83 (avec Desbiens en 1956: publie le revue interne Le Trait qui impliquait "adaptation des frères aux temps modernes; flèche au flanc de la moinerie". Suspendue après 7 nos. Il y a eu plainte à l'assistant-général qui s'inquiète; ils répondent "il y aura toutjours des traditionalistes pour s'effaroucher"; les gens du Trait sont déplacés)

--l'histoire semble montrer que les tradis avaient peut-être raison. "Moinerie" est un terme intéressant. En effet la vie religieuse a pris racine dans le monachisme. Si on attaquait ca...
Ca commence a sentir mauvais, rétrospectivement. Il y a du danger dans l'air. Ces phrases sont de Desbiens.

93 (envoi de lettre au ton assez arrogant à l'assistant-général)
138 (De Desbiens à lui: "...notre traditionalisme crotté")
142 (à propos d'une lettre et du livre: 2 monitions pour Desbiens

--indique problème sérieux. Desbiens a peut-être tué son ordre sans le vouloir

151 (une lettre de condamnation arrive des supérieurs sur l'obéissance, car risque de "désorienter les instituts religieux" (Blais se moque, mais...); Blais traite le provincial de lâche; "sale boulot"; sa révolte est assez partagée; il moque l'obéissance aveugle)

--"désorienter les instituts" était prophétique. C'est ce qui est arrivé. Il ne comprend pas l'obéissance aveugle.
Anecdote: le terme sale boulot a été publié par le provincial dominicain Guimond vers 1990 à propos d'une circonstance analogue. Les ordres décadents se ressemblent...

155 (lettre très arrogante à son supérieur)
165 (silence imposé à Blais par l'évêque Mgr Paré

--ca ne pouvait pas être pour rien. L'A a trop mauvais esprit, c'est évident.

183 (en route pour le 2e noviciat, va au cabaret le Lido - Paris.)

--Ca dit tout. Est-ce bon signe pour la sanctification (la raison d'être des religieux)? Il faut saluer la franchise de l'A. cependant.

201 (déplacé et déporté sur ordre de la s. congrégation des religieux; se dit accusé sans défense; nie qu'il prit la défense de Desbiens (il n'était pas responsable et a tout fait avec l'appui du provincial)

--mais son rôle n'est pas clair

204 (veut distinguer le Untel éducateur qu'il a approuvé de l'Untel condamné à propos de l'obéissance)

--vrai mais tellement sur la ligne que...

210 "avoir l'esprit du P. Champagnat, ce n'est pas faire ce qu'il a fait, mais faire ce qu'il ferait"

--Ca mon vieux on connait ca: les jésuites ont dit exactement la même chose sur Ignace. Argument infiniment trop facile. Echappatoire rêvée, annonce de décomposition décadente.

210 (Déclare aux frères en une adresse publique: "ceux qui ont enseigné la doctrine de l'autorité étaient d'ordinaire en autorité," et ca pouvait être pour faciliter leur rôle. Les sujets doivent aider les supérieurs à trouver la volonté divine.

--alors s. Ignace était un idéologue. Mon idée est faite: ce type devait être expulsé, et il est clairement dans son tort en quelque part, quand bien même il ne le serait pas en tout. Dans une déclaration publique en plus! Cependant Il a raison sur les sujets aidant les sup.

210 (expulsé du 2e noviciat)

--ben devine pourquoi

216 (s. Thomas contre l'obéissance aveugle "qu'on nous a toujours enseignée"

--ca dépend du sens d'aveugle et de l'ordre religieux en question. St ignace n'est pas s. Thomas, n'est pas dominicain. Et s. Ignace n'aurait pas connu la doctrine de s. Thomas? Et le pape qui a approuvé les SJ n'aurait pas connu s. Thomas? Trop simple. Il glissse du sens inaccceptable pour nier l'obéissance aveugle elle-même, comme si elle était en elle-même abusive chez Ignace (alors que c'est probablement elle qui expliquait les 36000 membres de la compagnie de Jésus jadis, avant la décomposition)

217 (Sertillanges: seul précepte de morale thomiste au fond: obéir à sa conscience

--la conscience au sens non subjectivisé, de s. Thomas. La conscience de bonne foi. Or l'argument d'autorité s'applique aux cathos. On ne peut accepter l'infaillibilité et se reviver de bord après. Aucune conscience ne peut affirmer A et non-A, qui relève de l'équivalent du droit naturel primaire, les premiers principes.

218 (la volonté de Dieu passe par la conscience, elle n'est pas supérieure selon Thomas: I-II, 17,5; 19,5; renversement

--ca dépend

221 (selon une lettre d'un confrère: Blais était une mauvaise influence au 2e noviciat, sans doute à propos de l'obéissance)

--immensément vraisemblable

225 (lettre de Desbiens qui pousserait à une campagne contre l'autorité

--la mort se profile

230 (aurait voulu être prévenu d'abord à propos de l'expulsion du 2e noviciat

--il a un pt.

238 (membre de la congrégation des religieux sur Desbiens: "gamin ,tête croche, sans jugement, malade"

--indicatif.

243 (le général insiste et revient sur la vocation de l'A.)

--ils sont peut-être dans l'erreur et Blais dans la vérité mais je penche nettement de l'autre bord...

263 (encore un problème avec un responsable à Lyon; l'A. cherche à le discréditer)
275 (encore léger accrochage à Paris)
276 (cacassage de contre-attaque)

--l'A. semble croire nous convaincre avec ces insistances mais c'est le contraire, en tout cas dans mon cas. Tonalité de règlements de compte, comme semble l'avoir percu Desbiens.

315 (l'offre de professorat de De Koninck "l'avait davantage aidé "à repenser ma vocation"

--le fric, la sécurité matérielle. Que de défroqués des ans 60 furent ainsi. Ca ne les grandit pas, même s'il est permis de voir la providence dans ce genre de circonstances. J'admire la franchise de l'A. car ceci risque de ne pas le grandir (quoique pas nécessairement, on peut laisser la chance au coureur)

337 (il y avait des étudiants intégristes: Opus Dei, neocatéchuménat. certains profs férocement thomistes et intégristes

--sensde "intégrisme" est déplacé par ses dérives. Les défroqués des 60s.

362 (aime Abélard pcq avant gardiste
363 (ironise sur latin à la messe)
369 (cite Marier: Dieu=je suis celui qui rit"

--Donc Marier est marqué par la religion cucu.

419 (oppose morale authenthique à morale au québec: commandements et directeurs, …
conscience: ce qui me convient, celle qu'on a, PAS éclairée

--la morale va perdre de son caractère normatif, comment expliquer le péché?

426 (vs manuel de Grenier "caricaturiste", car passe sous silence des arguments de Thomas, dont la pensée est méconnaissable ou absente

--il y va trop fort. Peut-être est-ce parce que lui étire dans l'autre sens, aussi déformant

544 (montre légèreté sur dogme mais pas sur tous) "l'enfer de jadis, je n'y crois plus depuis belle lurette: chas d'une aiguille, le nombre infime des élus, le feu éternel, les souffrances indescriptibles" (contre Bossuet à propos de vengeance sur le fils; cite Ratzinger sur le sacrifice mais incomplètement)

--lien évident entre la petite relizion cucu et la décadence des ordres, la génération défroquée.

548 (le récit de la chute est une allégorie; l'état d'innocence n'a jamais existé; le péché originel... est devenu l'origine du péché; cette origine c'est la liberté humaine.

--incomplet et non conforme au dogme. On voit tout de suite que la création, e.g., ne peut pas être une allégorie. La relizion cucu censure le péché originel, normal, ce qui cause de terribles contresens ( que va -t-il arriver de l'Assomption, de l"immaculée conception?) et donc la mort.

552 "la corruption du meilleur est la pire"

--pas clair qu'il ne parle pas de Desbiens. Ca se base sur des faits dit il. Il en ajoute trop, ca donne une odeur bizarre...

559 (Desbiens lui attribue hargne et ressentiment)

--Desbiens va un peu fort, on dirait plutôt une opiniâtreté excessive, soit de caractère soit de blessure encore vive. Il picasse sur des détails si insignifiants qu'on se demande pourquoi. C'est l'autojustification par le long et le menu; Desbiens ne lui en demandait pas tant ni ceux qui ont lu Desbiens.

565 (Desbiens lui dit qu'il est) le premier qui a remis en question notre tradition crottée en 1953)

--Oh boy! Blais remet en question à 29 ans. Attention...

569 (Desbiens lui dit qu'il n'a pas lu L'Autre Thomas d'Aquin (lilvre de l'A.)

--ON devine pourquoi. Ce livre est intéressant mais aussi biaisé que les positions qu'il critique, probablement plus. Desbiens n'a pas du le trouver immensément sérieux, mais plutot nuisible pour l'époque

579 (il dérange les pouvoirs accusateurs et jugeurs en son absence, et il oppose ceci à la justice civile; il cite le livre de Prieur, Quand Rome condamne ( sur les ptres ouvriers)

--Of course: le livre de Prieur reflète la décadence dominicaine Francaise (mort de la prov. de Lyon etc). Son cas et son argumentation se retrouve souvent chez la génération défroquée, des livres par des ex de l'opus dei (expulsés) disent la même chose. Un phénomène de défroqués des ans 60, immensément suspect et lié à la décadence des religieux.
Des ordres religieux ne se comparent pas à la justice civile, à cause des voeux de départ. Obéir comme un cadavre implique des droits différents. Un ordre devenu civil n'est plus religieux, il est mort et décomposé (cf. le démocratisme dans les ordres décadents, essentiellement lié à l'antiascétisme).
Il en fait trop en citant les règles de la cong. pour la doctrine: ce n'est pas la même chose.
La réaction de ses supérieurs telle que rapportée implique que Blais n'est pas innocent en tout, même s'il peut l'être en partie. Le climat est contre lui.

580 "avoir l'esprit du fondateur, ce n'est pas faire ce qu'il a fait, mais faire ce qu'il ferait de nos jours"

--Ca mon vieux on connait ca: les jésuites ont dit exactement la même chose sur Ignace. Argument infiniment trop facile. Echappatoire rêvée, annonce de décomposition décadente.


580 Obéir perinde ac cadaver, comme un cadavre chez Ignace: "mais on a toujours escamoté la restriction qui qui suivait: "dans toute la mesure ou la volonté peut déterminer l'entendement" (Mgr Roberts)

--ce n'est pas dans le texte d'Ignace, Constitutions no 547: la seule restriction mentionnée c'est le péché, tous les cas ou il n'y a pas évidence de péché. Blais interprète, il ne suit pas le texte.
En revanche la restriction est bien dans la lettre sur l'obéissance de St Ignace (ou, à ma connaissance, "cadavre" est absent, bien que obéissance aveugle y soit). Je reviens la dessus plus bas.
D'ailleurs dans le péché la volonté peut déterminer l'entendement.

---------------------




Il a sans doute l'impression d'un grand progrès de son ordre après son départ (1965); mais on observe la décadence de l'ordre qui a en partie suivi ses conseils. Un cas problème, cet A., même si ces problèmes peuvent s'être entraînés les uns les autres.


PS. Incidemment, Desbiens n'était pas encore guéri à sa mort (2006), n'avait pas encore appris sa lecon sur la décadences des ordres: Dernière escale, 2007, il dit qu'il voulait écrire un hommage à A. Naud, grand défenseur de la liberté intellectuelle...


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ChristianK
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MessageSujet: Re: Livres pertinents - pathologies des religieux au Québec   Lun 14 Mar - 20:27

Voici un exemple du fonctionnement de la sollicitation des textes chez Blais:
-------------------------------

Texte de Blais:



Pour Thomas d'Aquin, la voix de la conscience, c'est la voix de Dieu. C'est la raison

pour laquelle elle oblige plus que les préceptes des prélats (De Veritate,

q. 17, a. 5).



c’est une morale qui, avec

Thomas d’Aquin et son prestigieux commentateur Sertillanges,

ose proclamer que le premier de tous les préceptes moraux, le

seul au fond, c’est : obéis à ta conscience. Dans son traité De la

Vérité (q. 17, a. 5), Thomas d’Aquin affirme que la conscience

d’un chacun oblige davantage que le précepte du prélat. Pour

lui, contrairement à ce qu’on nous enseignait, c’est la voix de la

conscience qui est la voix de Dieu et non celle du prélat ou du

supérieur.



Je ne puis m’empêcher de citer ici un texte fort étonnant tiré du

traité De la Vérité de saint Thomas. Comparer, dit-il, l’obligation provenant

de la conscience à l’obligation provenant du précepte d’un prélat

[évêque, archevêque, cardinal, voire pape], cela revient à comparer

l’obligation provenant d’un précepte divin [de la conscience] à l’obligation

provenant du précepte d’un prélat. Or, comme l’obligation provenant

du précepte divin l’emporte sur l’obligation provenant du précepte

d’un prélat, il s’ensuit que l’obligation provenant de la conscience

l’emporte sur l’obligation provenant du précepte d’un prélat

Martin Blais, Le risque d’être soi-même. Mémoires. (2006) 217

(op. cit., q. 17, a. 5). La volonté de Dieu est donc manifestée par la

conscience et non par un supérieur quelconque. Renversement total de

la situation et conforme à la doctrine de Vatican II, reprise dans l’encyclique

La splendeur de la vérité. La conscience, y lit-on, est « le

sanctuaire de l’homme, le lieu où il est seul avec Dieu et où sa voix se

fait en tendre » (Éditions Paulines, p. 90). « Cette voix, qui ne cesse

de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, résonne

au moment opportun dans l’intimité du coeur : " Fais ceci, évite cela ".

Car c’est une loi inscrite par Dieu au coeur de l’homme ; sa dignité est

de lui obéir » (p. 88).



L’obéissance devait être aveugle. Selon l’image d’un goût douteux

et d’une fausseté évidente, image non pas inventée mais reprise par le

fondateur des jésuites, l’inférieur doit obéir perinde ac cadaver

(comme un cadavre). On ne nous disait pas que saint Ignace de Loyola

voulait quand même une obéissance intelligente. Drôle de cadavre,

à qui on demande de faire montre d’intelligence ! De plus, on tronquait

la doctrine d’Ignace de Loyola en disant, sans plus, qu’il voulait

que la pensée de l’exécutant coïncide avec celle du supérieur. On

omettait la restriction suivante : « dans toute la mesure où la volonté

peut déterminer l’entendement » (Mgr T. D. Roberts, s.j., Réflexions

sur l’exercice de l’autorité, p. 38). D’abord, il aurait fallu comprendre

le sens de cette restriction. Quand l’entendement (l’intelligence) voit

que l’ordre ne doit pas être exécuté, la volonté est sans influence sur

l’intelligence : la volonté ne peut pas empêcher l’intelligence de voir.

Cependant, dans le cas de la vertu théologale de foi, la volonté fait

adhérer l’intelligence à des vérités qu’elle ne voit pas. J’ai consacré

plusieurs pages de L’autre Thomas d’Aquin à la question de l’obéissance

(p. 257-270).

On nous disait : « Le supérieur peut se tromper en commandant ;

l’inférieur ne peut pas se tromper en obéissant. » Grossière erreur.

Tous les accusés de Nuremberg se sont défendus en disant qu’ils

avaient obéi aux ordres ; que, pour eux, un ordre ne se discutait pas, il

s’exécutait. Ils avaient tort : on peut se tromper en obéissant, et un ordre

peut se discuter. C’est pourquoi l’obéissance ne doit jamais être

aveugle ; c’est pourquoi l’obéissant ne doit jamais se comporter

comme un cadavre.




--------------



Pour montrer les simplifications-omissions de Blais je vais traiter en elle-même la question de la compatibilité entre l’obéissance ignatienne « comme un cadavre », image d’une fausseté évidente dit l’A., comme si Ignace délirait.

Pour cela je vais commencer par citer les auteurs.




1)St. Thomas



De Veritate q. 17

I (la conscience est l’application d’un savoir à un cas; elle peut être fausse au plan de l’application ou au plan du savoir.)

III ( un précepte n’oblige que s’il est connu; si on ignore on n’est pas lié sauf dans la mesure ou on est obligé de le connaître; la conscience erronée n’excuse pas si l’erreur a lieu sur des choses qu’on est requis de savoir)

IV (suivre sa conscience n’excuse pas nécessairement du péché; la loi divine reste sa norme, donc la loi de l’Eglise : cet acte est-il obéissant à la loi de l’Eglise? La conscience fausse n’oblige que relativement)

IV ad 3 (sur un mal intrinsèque on pèche mortellement en suivant sa conscience car on aurait du savoir)

Ad 5 (l’erreur peut être un péché, surtout si c’est l’ignorance d’une loi plutôt que l’ignorance factuelle à propos du cas. L’ignorance de la loi n’excuse pas.





ARTICLE 5 — La conscience erronée, en matière indifférente, oblige-t-elle plus ou moins qu’un commandement du prélat ?


Objections :



2° Il faut toujours obéir au prélat dans les choses qui ne sont pas contre Dieu. Or les choses indifférentes ne sont pas contre Dieu. On est donc tenu d’obéir au prélat en ces choses ; et nous retrouvons ainsi la même conclusion que ci-dessus.


4° Le subordonné ne doit pas juger du commandement du prélat, mais c’est plutôt le prélat qui doit juger des actes du subordonné. Or ce dernier jugerait du commandement du prélat s’il s’en écartait à cause de sa conscience. Donc, quelque contraire que soit le dictamen de la conscience en matière indifférente, on doit plutôt s’en tenir au commandement du prélat.

Réponse :

La solution de cette question peut convenablement apparaître après ce qui a été dit. En effet, on a déjà dit que la conscience n’oblige que par la force du précepte divin, soit selon la loi écrite, soit selon la loi de nature mise en nous. Comparer le lien de la conscience à celui que cause le précepte du prélat, n’est donc pas autre chose que comparer le lien du précepte divin à celui du précepte du prélat. Puis donc que le précepte divin oblige contre le précepte du prélat et plus que ce précepte, le lien de la conscience sera aussi plus grand que celui du précepte du prélat, et la conscience obligera nonobstant le précepte du prélat.
Cependant cela se réalise différemment dans le cas d’une conscience droite et dans le cas d’une conscience erronée. En effet, la conscience droite oblige absolument et parfaitement contre le précepte du prélat. Absolument, car son obligation ne peut pas être levée, puisqu’une telle conscience ne peut pas être quittée sans péché. Parfaitement, car la conscience droite n’oblige pas seulement en sorte que celui qui ne la suit pas tombe dans le péché, mais aussi en sorte que celui qui la suit est exempt de péché, quelque opposé que soit le précepte du prélat. La conscience erronée, quant à elle, même en matière indifférente, oblige à un certain point de vue et imparfaitement contre le précepte du prélat. À un certain point de vue, car elle n’oblige pas en toute éventualité, mais sous la condition de sa persistance : en effet, on peut et on doit quitter une telle conscience. Imparfaitement, car elle oblige en ce sens que celui qui ne la suit pas tombe dans le péché, mais non pas en ce sens que celui qui la suit alors que le précepte du prélat est en sens contraire éviterait le péché, si toutefois le précepte du prélat oblige pour cette chose indifférente ; en un tel cas, en effet, on pèche, soit qu’on n’agisse pas, car on le fait contre la conscience, ou qu’on agisse, car on désobéit au prélat. Mais on pèche plus si l’on ne fait pas ce que dicte la conscience, tant que cette conscience persiste, car elle oblige plus que le précepte du prélat.


Réponse aux objections :

1° Celui qui a fait vœu d’obéissance est tenu d’obéir dans les choses auxquelles s’étend le bien de l’obéissance ; et il n’est ni délié de cette obligation par l’erreur de la conscience, ni non plus du lien de la conscience par cette obligation ; et ainsi demeurent en lui deux obligations contraires. L’une d’elles, à savoir celle qui vient de la conscience, est plus grande, car plus intense, mais plus petite, car moins solide ; et c’est l’inverse pour l’autre. En effet, l’obligation à l’égard du prélat ne peut pas être rompue comme la conscience erronée peut être quittée.

2° Bien que cette œuvre soit en elle-même indifférente, cependant elle devient non indifférente par le dictamen de la conscience.


4° Le subordonné n’a pas à juger du précepte du prélat, mais de l’accomplissement du précepte, qui le regarde, lui, subordonné. En effet, chacun est tenu d’examiner ses actes à la lumière de la science qu’il a reçue de Dieu, qu’elle soit naturelle, acquise ou infuse ; car tout homme doit agir suivant la raison.





--Blais utilise beaucoup ce texte mais sans beaucoup souligner les restrictions : en matière indifférente. Ceci a son importance car en matière non indifférente l’ignorance doit être plus vincible, donc plus inexcusable. Surtout il oublie le Double péché : même en suivant sa conscience on peut pécher mortellement et être digne des supplices éternels si l’ignorance est coupable. Ce qui est vrai c’est que de ne pas suivre sa conscience serait un péché plus grave : on reste prisonnier du péché, et l’obligation n’y change rien.

Blais passe très vite là-dessus.



Quelques textes encore :




Somme II-II 186.5 (obéissance) « soumettre sa volonté propre à celle d’un autre » (pour Dieu)

186.8 « Le jeûne ne plaît pas à Dieu s’il vient de la volonté propre »

II-II 104.5 « en ce qui concerne le mouvement intérieur de la volonté, on n’est pas tenu d’obéir aux hommes mais à Dieu seul »



--Il cite ce dernier texte, mais il est évident qu’il faut ajouter, surtout dans l’engagement de science dans la vie religieuse : « sauf dasn le mesure ou les hommes véhiculent la volonté divine »

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1.2) Commentateurs



1.2.1)X.G. Colavechio, Erroneous conscience and obligations, CUA, 1961

-Il y a eu des Controverses de s. Thomas avec les Franciscains sur conscience

75 (cit. Thomas: si la conscience juge bon un acte mauvais en soi, le péché n'est pas évité en agissant; mais en agissant pas on pèche;
semble être d'accord avec Franciscains ici
76 (on doit suivre une conscience erronée mais c'est un péché;
la conscience ordonne au nom de Dieu: elle juge que Dieu veut cet acte; elle ne commande pas pcq un acte semble devoir être posé, mais pcq Dieu le veut.
77 (l'acte doit être vu sous l'angle de la loi divine, )
79 (Comm. sentences: un acte contraire à la loi est toujours mauvais, il n'est pas excusé par la conscience. De la même facon, ce qui est contraire à la conscience est mauvais. ;
on dirait qu'on est obligé de pécher.
82 (l'ignorance cause l'involontaire. Donc la conscience erronée n'est pas forcément peccamineuse)
83 (mais l'ignorance peut être vincible ou invincible; et certaines ignorances sont à propos de lois générales qu'on est obligé de connaitre, d'autres à propos de faits plus difficiles à connaitre.
84 (Cit. Thomas: l'ignorance est un péché si elle porte sur ce qu`'on doit et peut connaitre.;
elle peut être directement ou indirectement ou accidentellement volontaire;
il y a l'ignorance affectée;
elle est volontaire quand elle porte sur ce qu'on doit et peut savoir
87 (l'ignorance des faits excuse; mais pour l'ignorance de droit, de la loi, St thomas semble dire qu'elle n'excuse pas, à moins qu'elle ne soit invincible.
88 (l'ignorance coupable est celle de la loi divine que tous doivent connaitre, elle est vincible;
mais ce n'est pas le cas de toutes les lois: e.g. de Thomas , un décret papal que tous doivent connaitre peut être ignoré par accident (e.g.éloignement)
89 (il y a aussi une ignorance vincible non coupable (loi qu'on a pas l'obligation de savoir sans doute )
91 (St Bonaventure dit que le commandement du supérieur oblige plus, particulièrement quand il commande ce qu'il peut et doit commander; cette restriction fait en sorte qu'il n'y aurait pas contradiction avec Thomas, qui parle des actes indifférents, qui ne sont pas concernés par la règle. D'autre part si on doit suivre la conscience erronée contre le supérieur, on pèche quand même. A condition que cette ignorance soit vincible et coupable.
92 (Thomas: l'obligation de conscience erronée a plus de force mais elle est aussi moindre car elle peut être éliminée: en fait on a l'obligation de corriger cette conscience si on veut éviter le péché, donc pratiquement parlant c'est le supérieur qui doit être obéi. C'est ce que Bonaventure dit aussi; il ne considère pas la conscience tant qu'elle est erronée, mais donne simplement une norme pratique.
94 (Lottin dit que acte de conscience erronée est excusé mais pas bon; Thomas ne le dit jamais.
95 ( pas de péché en suivant conscience mais pas bon; on dirait que c'est incohérent car on doit suivre cse)
102 (conscience oblige non en ce sens qu'on fait toujours bien mais en ce sens qu'on pèche en ne la suivant pas. Il n'est pas toujours vrai qu'on fait bien en la suivant. Si ignorance est coupable on pèche.;
Sentences: on pèche en suivant sa conscience erronée sur un mal en soi, et on pèche en ne suivant pas sa cse. Mal sans conscience mais pas d'excuse avec.



--« donc pratiquement parlant c'est le supérieur qui doit être obéi ». Ici on a une formule d’allure ignatienne : en général le supérieur doit être obéi car il y a moins de chance d’erreur de son coté que du coté de l’inférieur. Il doit être très rare qu’une conscience erronée le soit sur des points ou elle voit une évidence (fausse) : elle doit en général douter d’elle-même et son évidenmce doit être remsie en cause par l’ordre recu.

A noter également le double péché : désobéir en suivant sa conscience erronée vincible, même en y étant obligé, est un péché et un mal.





1.2.2)Sertillanges

Sur ce qu’on est tenu de savoir : il faut aussi savoir qu’on est tenu.

Il semble que Thomas dise que l’erreur de fait excuse parfois et l’erreur de droit non. Mais tout est possible sauf que l’erreur de droit est plus vincible donc moins excusable.

La certitude de conscience peut venir soit « d’une autorité jugée suffisante soit d’une évidence »

La conscience douteuse doit s’éclairer, s’abstenir, prendre le parti le plus sur, d’obéissance à la loi « au lieu de s’épargner soi-même ». Pas le droit de dire : bon ou mauvais je pose cet acte.





--On voit ici que Sertillanges pose des conditions et restrictions sur la conscience. La notion d’évidence est là, comme chez s. Ignace.

Remarquons que pour un religieux savoir ce qu’on est tenu de savoir laisse très peu de place à l’ignorance invincible. Il a fait un noviciat, il connait la doctrine etc.



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2)Ignace de Loyola

2.1.1)Lettre sur l’obéissance :
http://books.google.ca/books?id=ccPMcWGU4QQC&pg=PA522&lpg=PA522&dq=ignace+lettre+sur+ob%C3%A9issance&source=bl&ots=e5_-iiR_ze&sig=gWENIlzdCHj1I6OAUcZafcStZpc&hl=en&ei=YlMKTdjoIsOSnwfWvNn5Dg&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=8&ved=0CEMQ6AEwBzgU#v=onepage&q=ignace%20lettre%20sur%20ob%C3%A9issance&f=false



[là ou l’entendement est dépourvu d’évidence il est libre de ses partis à choisir] C’est dans l’occasion de ces choses qui ne sont pas évidentes que tout homme qui fait profession d’être obéissant doit se soumettre au sentiment du supérieur

La charité de Jésus-Christ... ne manquera jamais de se servir du ministère de ceux qu’elle a établi vos supérieurs pour vous mener à votre but.

...pourvu néanmoins que le commandement ne soit point contraire à la loi de Dieu

..vous metre bien dans l’esprit que ceque le supérieur commande est le commandement et la volonté de Dieu

“avec quelque proportion, vous devez vous porter comme à l’aveugle à faire tout ce que le supérieur vous dit avec une volonté toujours prête à obéir et une soumission d’esprit qui n’examinent point les raisons du commandement¨



-Lettre d’ Ignace : il faut soumettre son jugement là ou il n’y a pas évidence

Ignace liste les inconvénients si on obéit au supérieur par volonté et sans accord de l’intellect, ALORS la conscience juge que l’intellect doit adhérer au supérieur (aveuglément) : le jugement propre de 1e degré est remplacé par un jugement de 2e degré; et le 2e n’est PAS moins propre.

« en toutes choses ou le péché n’apparait pas manifeste »





2.1.2)Exercices spir.
365 pour toucher juste en tout, nous devons toujours tenir ceci: ce que mois je vois blanc, croire que c'est noir, si l'Eglise hiérarchique en décide ainsi, croyant qu'entre le Xt Seigneur , l'Epoux, et l'Eglise, son Epouse, il y a le même esprit qui nous gouverne et nous dirige pour le salut de nos Ames. En effet, c'est par le même esprit et Seigneur qui nous donna les 10 commandements, que notre sainte mère l'Eglise est dirigée et gouvernée.
(note: on ne croit pas blanc ce qui est noir, mais ce qu'on voit noir)



--voilà l’obéissance aveugle, et c’est compatible avec la conscience CAR c’est un acte de conscience (une conscience ignatienne). Noter aussi qu’il doit s’agir davantage de sujets de droit que de fait ici.



2.2) Textes ignatiens :



-Pour un catho il n’y a pas de sens à dire qu’un précepte universel du pape soit peccamineux. La conscience ne peut être d’ignorance de droit à ce sujet si elle connait le précepte.



-C’est la conscience elle-même qui justifie la formule « on ne se trompe pas en obéissant » : car c’est la conscience qui a prononcé le vœu d’obéissance, la volonté de se soumettre à l’argument d’autorité. Même s’il y a une erreur l’obéissance la rend bonne car même la conscience erronée oblige! (L’inverse des conclusions de Blais). Le vœu fait toute la différence; et il ne vient pas du supérieur mais justement de la conscience.

Ceci est Pour tous, y compris pour le général s.j. à l’égard du pape.






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3)Autres textes



3.1)Lottin, Considérations sur l’état religieux

Si le supérieur ordonne d’un jugement pratique : on doit faire cela ainsi, l’inférieur ne peut renoncer à son jugement théorique qui dirait c’est impossible mais il peut renier son jugement pratique en détournant l’attention de son jugement théorique. Il faut que le jugement pratique d’obéir soit raisonné selon le principe que le jugement du supérieur vient d’un représentant de Dieu. Et c’est le fondement : on voit Dieu dans le supérieur



3.2)Ami du clergé

Dans le doute on doit obéir

Soumettre le jugement dans la mesure ou c’est possible. Parfois c’est impossible , devant une évidence, mais c’est rare car les situations sont d’ordinaire peu évidentes. Sans évidence, la volonté peut commander le silence au jugement (en toutes choses non évidentes). Surtout que le supérieur a la grâce d’état.

Obéissance aveugle : obéir sans discuter, et ceci est compatible avec un jugement qui voit qu’il n’y a pas péché. « Celui qui obéit aveuglément est parfaitement éclairé sur la bonté morale de son acte et donc il agit raisonnablement » On peut avoir la certitude de conscience car le supérieur a un jugement plus général et la grâce d’état, plus surs que le jugement propre de l’inférieur.



--ici on a un texte d’allure ignatiennne. Et cette dernière formule est un jugement propre, par le vœu. L’inférieur a décidé en conscience A L’AVANCE que le supérieur a raison. C’est comme la conscience catho : elle a décidé son obéissance doctrinale A L’AVANCE, elle doit donc suivre après, elle ne peut agir en paienne. Aucune conscience n’est libre d’être incohérente : i.e. adhérer la la vérité catho tout en gardant la liberté de penser que c’est une erreur.

Erreur de Blais : il prend la philo morale hors argument d’autorité de la foi. La conscience a déjà adhéré par autorité. Il y a une différence entre la conscience d’un religieux, la conscience catho et la conscience paienne. Il va très vite là-dessus.



Son attaque contre l’obéissance aveugle au nom de la conscience thomiste ne tient donc pas.





3.3)Valentine, ofm. (sur la vie religieuse)





Ce n’est pas le commandement comme raisonnable qui implique l’obéissance mais le commandement comme commandement. La question du précepte erroné ne devrait pas se poser. Notre prudence accumulée peut faire que nous ne puissions pas être d’accord mais l’obéissance s’impose même si le supérieur se trompe. C`est une Erreur de consentir à un ordre pcq on le juge raisonnable plutôt que pcq c’est un ordre sinon il y aura désobéissance quand on le croit déraisonnable. Et toutes sortes d’inconvénients pour le bien commun.



--(en fait « croire » un ordre déraisonnable est moins fort que le préengagement de la conscience par le vœu; sauf si la conscience est certaine à propos de l’ordre, mais ceci équivaut à avoir l’évidence d’un péché).
Donc ce n’est pas par obéissance aveugle qu’on pratique l’obéissance aveugle mais par conscience éclairée .
Peut être la notion d’Evidence rejoint celle de degré de certitude de conscience chez Thomas.





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Je reviendrai sur le même genre d'étirement manipulateur de la vérité au sujet des règles morales qui laisseraient "toujours" place à l'exception

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ChristianK
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MessageSujet: Re: Livres pertinents - pathologies des religieux au Québec   Jeu 21 Juil - 20:45

Blais aime rappeler que la loi morale comporte des exceptions, et il insiste passablement , au point d'en devenir un peu glissant comme s'il y avait TOUJOURS des exceptions aux préceptes seconds ou dérivés de la loi naturelle. Voici ses textes:

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Textes de Blais



1) L’examen des diverses circonstances de l’action concrète va conduire à des principes propres, tirés de l’expérience, et ce sont ces principes propres et non les principes universels qui règlent immédiatement l’action singulière, concrète. Thomas d’Aquin est catégorique à ce sujet : « Dans les actions humaines particu-lières, l’homme ne peut s’appuyer sur des principes absolus ; il doit s’appuyer sur des règles vraies dans la plupart des cas seulement. Ces règles que l’expérience lui enseigne, ce sont les principes propres de l’action concrète » (II-II, q. 49, a. 1). L’encyclique parle de la « connaissance universelle » (p. 55) que la conscience applique à l’action concrète, mais elle ne mentionne pas que cette application se fait par le truchement du principe propre, fruit de l’expérience, dont parle Thomas d’Aquin. Pourtant, c’est le principe propre, fruit de l’expérience et valable dans la plupart des cas seulement, qui règle l’action singulière. Ce principe comporte donc des exceptions puisqu’il n’est valable que dans la plupart des cas. Et la morale thomiste est de moins en moins géométrique.



2) Dans son action — l'action est singulière : ce n'est pas le mariage que je

contracte, mais tel mariage ; dans son action, écrit Thomas d'Aquin, l'homme ne

peut être dirigé par des principes absolus, mais par des règles dont le propre est

d'être vraies dans la plupart des cas : des exceptions sont toujours possibles, même

si elles sont rares. Or, ce qui est vrai dans la plupart des cas, on ne peut le savoir

que par l'expérience 1 on ne peut pas le déduire.





3) La morale entend régler l'action particulière, l'action concrète, l'action

circonstanciée. C'est sur cette action que planent l'exception et l'incertitude. …

À ce niveau, dit Thomas d'Aquin, il n'y a pas de principes absolus et

nécessaires, mais seulement des principes valables dans la plupart des cas, ut in

pluribus 1, comme je l'ai déjà dit. Le principe qui règle l'action singulière n'est donc

pas toujours valable.







4) Thomas d'Aquin ajoute que les exceptions sont d'autant plus nombreuses qu'on

descend davantage dans les détails, ad particularia. Plus sont nombreuses les

conditions pour qu'une action soit bonne, plus seront nombreux les cas où le

principe ne devra pas s'appliquer







5) Sur le plan de l'action singulière, il n'y a plus de certitude : je ne suis jamais

absolument certain que ce que je fais est vraiment ce qu'il convient que je fasse :





-----------------



Voici ce qu'écrit JM Aubert, loi de Dieu, lois des hommes, p. 89: "A la réflexion, on constate qu'il n'est pas nécessaire de parler d'exceptions, mème pour les préceptes seconds; car les mutatations dont il est ici question ne sont qu'apparentes; elles visent en effet non pas la loi naturelle en tant que loi interne, non écrite, mais les formulations externes de cette loi dont le péché origiel a obscurci la connaissance...
Ce n'est pas la loi naturelle qui change mais simplement les conditions d'application... "on ne parlera pas nécessairement de variations de la loi naturelle: la moralité intrinsèque d'une action, si concrète soit-elle, est immuable aussi longtemps que subsistent les circonstances qui l'ont constituée."
Et pourtant cet auteur admet des exceptions dans les lois humaines positives, p. 228 (donc un degradé dans les préceptes).


L'idée d'exception semble donc un peu glissante, et St Thomas ne parle pas d'exceptio mais de defectus, deficere (insuffisance, ou défaillance comme il arrive à Blais de l'écrire plus rarement). Voici les textes thomistes:

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Textes de S. Thomas



1) Somme II-II, 49. 1

1. La mémoire
Objections:

1 - Il semble que la mémoire ne soit pas une partie de la prudence. En effet, la mémoire, comme le prouve le Philosophe, est dans la partie sensible de l'âme. La prudence au contraire est dans sa partie rationnelle, comme il le montre ailleurs. Donc la mémoire n'est pas une partie de la prudence.

La prudence a pour objet les actions humaines en leur contingence, nous l'avons dit. En ce domaine, l'homme ne peut être dirigé par des vérités absolues et nécessaires, mais selon des règles dont le propre est d'être vraies dans la plupart des cas; il faut en effet que les principes soient proportionnés aux conclusions et que, à partir de ceux-ci, on obtienne des conclusions qui leur soient homogènes, dit Aristote. Or, ce qui est vrai dans la plupart des cas, on ne peut le savoir que par l'expérience: aussi le Philosophe dit-il que " la vertu intellectuelle naît et grandit grâce à l'expérience et au temps ". " A son tour l'expérience est le produit d'un grand nombre de souvenirs”, dit-il encore. En conséquence, il est requis à la prudence d'avoir beaucoup de souvenirs. C'est donc à bon droit que la mémoire est comptée parmi les parties de la prudence.



2) I II 94 4

4. La loi naturelle est-elle unique chez tous? Nous l'avons dit précédemment, tout ce vers quoi l'homme est incliné par nature relève de la loi naturelle; et il est propre à l'homme d'être incliné à agir selon la raison. Mais il appartient à la raison de procéder des principes communs aux conclusions propres, selon le livre I des Physiques. Toutefois la raison spéculative et la raison pratique se comportent différemment sur ce point. En effet, la raison spéculative s'occupe principalement des choses nécessaires, où il est impossible qu'il en soit autrement; aussi la vérité se rencontre-t-elle sans aucune défaillance dans les conclusions particulières comme dans les principes généraux. La raison pratique, au contraire, s'occupe de réalités contingentes qui comprennent les actions humaines. C'est pourquoi, bien que dans les principes généraux il y ait quelque nécessité, plus on aborde les choses particulières, plus on rencontre de défaillances. Ainsi donc, dans les sciences spéculatives, la vérité est identique pour tous, tant dans les principes que dans les conclusions. Pourtant, cette vérité n'est pas connue de tous les esprits dans les conclusions, mais seulement dans les principes que l'on appelle "les axiomes universels". Dans le domaine de l'action, au contraire, la vérité ou la rectitude pratique n'est pas la même pour tous dans les applications particulières, mais uniquement dans les principes généraux; et chez ceux pour lesquels la rectitude est identique dans leurs actions propres, elle n'est pas également connue de tous. Il est donc évident que dans les principes communs de la raison spéculative ou pratique, la vérité ou la rectitude est unique pour tous, et connue également de tous. Quant aux conclusions propres de la raison spéculative, la vérité est la même pour tous, mais elle n'est pas connue également de tous; ainsi est-il vrai pour tous que le triangle a trois angles égaux à deux droits, encore que ce ne soit pas connu de tous. Mais la vérité ou la rectitude n'est pas la même pour tous quand on arrive aux conclusions propres de la raison pratique, et même là où se réalise l'identité, elle n'est pas également connue de tous. Par exemple, il est vrai et droit aux yeux de tous que l'on agisse selon la raison. De ce principe il s'ensuit comme une conclusion propre qu'il faut rendre ce qu'on a reçu en dépôt. Et ceci est vrai dans la plupart des cas; mais il peut se faire qu'en certains cas il devienne nuisible et par conséquent déraisonnable de restituer un dépôt: par exemple si quelqu'un le réclame en vue de combattre la patrie. Et ici, plus on descend aux détails, plus les exceptions se multiplient; par exemple lorsqu'on stipule que les dépôts doivent être restitués avec telle caution ou de telle façon. Plus on ajoute de conditions particulières, plus les exceptions peuvent se multiplier et se diversifier pour qu'il soit injuste ou de restituer, ou de ne pas le faire. Ainsi donc, il faut dire que la loi de nature est identique pour tous dans ses premiers principes généraux, tout autant selon sa rectitude objective que selon la connaissance qu'on peut en avoir. Quant à certaines applications propres qui sont comme les conclusions des principes généraux, elle est identique pour tous dans la plupart des cas, et selon sa rectitude et selon sa connaissance; toutefois, dans un petit nombre de cas, elle peut comporter des exceptions, d'abord dans sa rectitude, à cause d'empêchements particuliers (de la même façon que les natures soumises à la génération et à la corruption manquent leurs effets dans un petit nombre de cas, à cause d'empêchements); elle comporte encore des exceptions quant à sa connaissance; c'est parce que certains ont une raison faussée par la passion, par une coutume mauvaise ou par une mauvaise disposition de la nature. Ainsi jadis, chez les peuples germains, le pillage n'était pas considéré comme une iniquité, alors qu'il est expressément contraire à la loi naturelle, comme le rapporte Jules César dans son livre sur "la guerre des Gaules".


3) Comm. de l'Ethique d'Aristote

#1084. — Or manifestement, en certaines [matières] notre intelligence peut dire vrai de manièreuniverselle, comme en [matières] nécessaires, où il ne peut se produire de défaillance. Mais encertaines autres [matières], il n'est pas possible de dire vrai de manière universelle, comme en les
[matières] contingentes; à leur sujet, même si quelque chose est vrai dans la plupart [des cas], il fait

toutefois défaut en quelques [cas]. Tels sont les faits humains et c'est à leur propos que les lois sont

données. Parce que donc en de pareilles [choses] le législateur, nécessairement, parle de manière

universelle à cause de l'impossibilité de comprendre les [cas] particuliers, et parce qu'il n'est

cependant pas possible que ce qui est dit se trouve correct en tous les [cas], car cela fait défaut en

quelques [cas], le législateur prend ce qui en est dans la plupart des cas, et cependant il n'ignore pas

que en quelques cas il se peut que ce soit fautif: un peu comme le naturaliste dit que l'homme a cinq

doigts alors que pourtant il sait que par erreur de nature il arrive parfois que certains en aient plus ou

moins.

#1085. — Ensuite (1137b17), il montre que le défaut mentionné n'enlève pas la rectitude de la loi ou du

juste légal; en disant que, bien que ce puisse être fautif en quelques cas d'observer la loi, la loi est

néanmoins correcte, du fait que cette faute n'est pas de la part de la loi, car elle a été posée de manière

raisonnable, ni de la part du législateur, qui a parlé en conformité avec la condition de la matière, mais

c'est la faute de la nature de la chose. Telle est en effet la matière des opérables humains, qui ne

gardent pas universellement la même forme, mais varient en quelques cas; ainsi, rendre le dépôt est

juste en soi, et reste bon dans la plupart des cas; cependant, en un certain cas ce peut être mauvais, par

exemple si on rend une épée à un fou furieux.

#1086. — Ensuite (1137b20), il conclut la nécessité d'une direction pour le juste légal. Et il dit que,

comme la loi propose quelque chose de manière universelle, et qu'en certain cas il ne soit pas utile de

l'observer, on a raison de donner à la loi une direction pour ce qui lui manque, c'est-à-dire quand le

législateur a laissé non déterminé le cas particulier dans lequel la loi est déficiente et a été fautif, c'està-

dire a proposé une chose défectible en ce qu'il a parlé strictement, c'est-à-dire de manière

universelle. Parce que le législateur aussi, s'il était présent où un tel cas est arrivé, en déterminerait de

197

telle façon et offrirait une direction appropriée. Et s'il avait su dès le début, il l'aurait posé dans la loi.

Mais il n'a pu comprendre tous les cas particuliers. Par exemple, dans une certaine cité il a été statué

sous peine de mort que les étrangers ne monteraient pas sur les murs de la cité, afin de ne pouvoir

usurper le pouvoir de la cité. Mais au moment d'une invasion, des voyageurs sont montés sur les murs

de la cité pour la défendre de ses ennemis et cela ne leur a pas mérité la peine de mort. Ce serait en

effet contre le droit naturel de payer des bienfaiteurs par un châtiment. Voilà pourquoi il faut ici offrir

au juste légal une direction en conformité avec le juste naturel.



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On peut noter que dans le 1er texte Blais omet le début du texte de Thomas, quelque peu restrictif: "La prudence a pour objet les actions humaines en leur contingence". Il ne parle pas d'actions particulières (tuer sa mère uniquement pour de l'argent), mais contingentes et réglées par la prudence; on insiste sur la contingence non sur le particulier ou le concret. Il faut donc que l'acte relève de la prudence (vertu) plus que de la science morale en ses premiers principes (il faut faire le bien); mais si l'acte "particulier" est si évidemment proche du précepte, il est évident que des vérités nécessaires lui seront applicables; st Thomas ne pourrait trouver d'exception à "on peut tuer directement et volontairement un innocent uniquement pour de l'argent". Il y a des cas non couverts par une loi, mais il n'y en a pas toujours. Sous peine de réintroduire une nécessité à l'envers , une nécessité dans la contingence! Donc il y des cas ou la prudence est moins contingente, plus géométrique, il s'agit d'un dégradé progressif, non d'une coupure en blanc ou noir, et Blais exagère l'absence de nécessité et d'absoluité. Tout est une question de formulation, semble-t-il, comme le dit Aubert.
Peut être y a -t-il des exceptions à l'interdiction de la torture des enfants innocents (e.g. sous menaces de morts plus nombreuses encore, sous menaces d»'extrêmes tortures contre soi etc.), mais si on précise "tout à fait librement et seulement pour de l'argent", alors le précepte sera sans exception. Même chose pour une attaque nucléaire qui aurait pour conséquence directe la mort de toute l`humanité, dans un cas de défense contre un injuste agresseur: c`est bien un cas particulier, `"cette" guerre nucléaire, mais il n`y aura pas d`exception au précepte condamnant la guerre nucléaire humanicide, qui découle du premier principe Il faut faire le bien. Il y a bien ici nécessité.
Quand Thomas ne parle que de zone grise c'est pas en blanc ou noir au second degré: TOUT ne sera pas gris.

Les exemples de Blais sont à l'avenant, i.e. à sens unique. Il sait ces choses mais les oublie un peu , il est juste obnubilé ou négligent dans ses formulations.


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ChristianK
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MessageSujet: Re: Livres pertinents - pathologies des religieux au Québec   Sam 13 Déc - 1:07


Je vois un parallèle évident, et lié à la génération défroquée, entre Blais et Lepage, bien que, comme Julien Harvey, ils aient été plus jeunes d'une dizaine d'années:


http://catholique.exprimetoi.net/t68-temoignage-d-une-ex-religieuse
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MessageSujet: Re: Livres pertinents - pathologies des religieux au Québec   

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